La influencia

Publié le 27 Avril 2008

Comment filmer la dépression ? Comment faire ressentir la chape de plomb qui paralyse le corps et l'âme ? Et comment faire partager le monde angoissé dans lequel vivent ceux qui côtoient la personne en état dépressif ?

Pedro Aguilera a choisi le réalisme le plus âpre. Sans aucune échappée esthétique, il a décidé de montrer. Aucune explication n'est donnée, aucune analyse n'est faite. On suit le quoditien banal et lourd d'une femme et de ses deux enfants. Réveil, conduite à l'école, préparation des repas, travail. L'héroine tient une boutique de produits de beauté. Elle y fait acte de présence, ne vend plus rien, puis se fait expulser parce qu'elle ne paye plus le loyer. La dépression tisse sa toile. Les enfants, livrés peu à peu à eux-mêmes, se débrouillent. L'aînée, post-ado, juge sa mère folle mais fait son possible pour maintenir la famille à flot. Son petit frère subit, cherchant la fuite dans les jeux qu'il s'invente. On devine le trio seul. Seul aussi face à la maladie, il n'a pas les moyens de faire face.

La peinture de ce quotidien pesant, la justesse des personnages, l'atmosphère lourde qui enserre progressivement le film, ne suffisent cependant pas à nous captiver totalement. Le parti pris quasi documentaire, les dialogues réduits à leur stricte utilité, l'indéniable sincérité de l'ensemble, font pourtant de ce film un objet précieux mais douloureux, à l'image du mal qu'il s'attache à décrire.



Rédigé par pierreAfeu

Publié dans #Coups moyens

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