5 apparitions de David Bowie

5 apparitions de David Bowie

"Ô privilège du génie ! Lorsqu'on vient d'entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui." Sacha Guitry

Si le silence qui suit David Bowie, encore plus assourdissant depuis sa mort, est encore de lui, c'est non seulement sa voix mais aussi son image qui ont traversé le cinéma. Le rapport qu'il entretint avec le septième art fut à la fois passionné et distant comme le sont deux routes qui évoluent côte à côte et se croisent parfois.

Au final, Bowie aura tenu le premier rôle dans très peu de films. La moitié d'entre eux n'étant pas de grande qualité (Gigolo, The Linguini incident...), on ne retient donc que Furyo, Les prédateurs et L'homme qui venait d'ailleurs. Longtemps considéré comme son film le plus important, celui d'Oshima ne lui offre le premier rôle que par procuration. Sakamoto et lui ne sont que les illustrations des conversations entre Conti et Kitano, marionnettes archétypales jouant in situ le conflit opposant Japon et occident. De fait, l'interprétation de Bowie, comme celle de Sakamoto, est trop en force, trop marquée, et donne une image biaisée de ses capacités.

Si sa présence dans Les prédateurs est importante, c'est Catherine Deneuve l'héroïne du film (et quelle héroïne !) et Bowie "tel qu'en lui-même" n'est visible qu'au tout début... Aussi peut-on considérer que son seul vrai grand rôle, en tout cas le plus important, est celui de Thomas Jerome Newton dans L'homme qui venait d'ailleurs. Début décembre, la première de la pièce Lazarus, co-écrite par Bowie à partir de ce même personnage, dernière apparition publique de l'artiste (son dernier clip également), confirme la place que ce film tient dans son œuvre. Il faut le revoir pour revoir Bowie.

Très rapidement, il ne fit plus de cinéma que par apparitions, tenant des seconds rôles édifiants ou drôles dans des films plutôt importants et souvent de qualité. On notera alors comment il apparait à l'écran, la manière dont les cinéastes l'accueillent et préparent le terrain, comme s'il lui fallait (lui, bête de scène) ne jamais cesser d'entrer en scène. Il est alors souvent précédé par sa voix, accompagné d'un regard, le temps précédant son arrivée étant déjà de lui.

5 apparitions de David Bowie

Dans Twin Peaks - Fire walks with me, l'agent Dale Cooper teste caméras de surveillance et écrans de contrôle avant que Phillip Jeffries ne sorte d'un ascenseur. Alors que le couloir est vide et que la porte s'ouvre, on sait déjà que David Bowie va en sortir. Les secondes qui attendent son apparition lui appartiennent déjà.

« So, you are the king of the jews. »

« So, you are the king of the jews. »

C'est d'abord sa voix que l'on entend dans La dernière tentation du Christ, cette voix grave qui est la signature de tant de comédiens britanniques (RIP Alan Rickman), alors qu'il se tient bientôt de dos en arrière plan.

5 apparitions de David Bowie

Dans Basquiat, c'est par le regard du jeune peintre qu'on devine son apparition. Alors que la limousine s'arrête et que son chauffeur s'apprête à ouvrir la porte, on sait que c'est Andy Warhol / David Bowie qui va s'en extirper.

5 apparitions de David Bowie

Dans Le prestige, interprétant un Nicola Tesla sortant des éclairs, David Bowie fait entendre sa voix après deux ans de quasi silence. Il avait interrompu sa plus grande tournée mondiale jamais entreprise début 2004 après un accident cardiaque, son retour au cinéma sonne comme une renaissance.

« If nobody has any objections… »

« If nobody has any objections… »

Dans le génial Zoolander, il est David Bowie, arbitre des élégances et star devant l'éternel. Là encore, sa voix le précède alors que Ben Stiller se retourne. Entrée de scène aussi drôle que remarquable, elle illustre l'un des grands traits de caractère de l'artiste et de l'homme, son incroyable sens de l'humour.

 

On pourrait également revenir sur quelques clips, le révolutionnaire Ashes to ashes, Fashion, Let's dance, China girl, Jump they say, The hearts filthy lesson, le génial I'm afraid of americans, l'excellent The stars (are out tonight), jusqu'aux deux derniers sublimes, Blackstar et Lazarus, comme autant d'apparitions cinématographiques d'un artiste ayant toujours brassé tous les arts.

On pourrait aussi évoquer le travail de son fils, Duncan Jones (à qui l'on doit le magnifique Moon), et considérer comme Jean-Marc Lalanne dans Les Inrocks qu'il "n'est pas le moindre legs de David Bowie au cinéma".

"He taught me, in a lovely way, the basics of making a movie, like how to do storyboards, write a script, do the lighting." Duncan Jones

 

Photo d'ouverture : Absolute Beginners - Julian Temple

Rédigé par Pierre Guiho

Publié dans #Divers

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