Brothers of the night

Publié le 8 Novembre 2016

Brothers of the night

Les premières images semblent mettre en mouvement une photographie de Pierre et Gilles. De jeunes hommes parlent sur les bords du Danube. Les lumières de la nuit les éclairent comme le feraient les projecteurs d'un studio. Si on ne sait pas que Brothers of the night est un documentaire on ne s'en rend pas compte immédiatement.

On se retrouve ensuite dans un bar gay de Vienne. Les jeunes hommes sont Bulgares et se prostituent à l'abri des regards. Ils vendent leurs corps sous condition, se font sucer seulement ou presque, revendiquent leur hétérosexualité, ne font ça que pour l'argent.

Patric Chiha leur donne une parole qu'il n'ont habituellement pas, les écoutent se parler, se donner des conseils, se fixer la marche à suivre. Il s'agit de retourner au pays et d'aider sa famille, ses enfants parfois, d'y prendre femme quand on n'en a pas. Puis il les fait parler et les écoute encore, les laissant raconter une vie dont on ne saura pas si elle est réelle ou glorifiée. S'ils repartent en Bulgarie, ils en reviennent bien vite. C'est qu'ils sont finalement plus libres ici, l'argent y est facile, c'est comme un piège.

Les décors du bar leur fournissent une scène, une existence sous la lumière artificielle. La caméra capte les postures viriles, les airs de cador et magnifie la beauté éphémère d'une jeunesse qui est leur seule monnaie d'échange. On pense aux prostitués magnifiques et perdus de My own private Idaho, mais la rudesse du monde et le rapport à l'argent sont encore plus violents ici, notamment quand les garçons évoquent la possibilité d'acheter une femme au pays.

Porté par le lyrisme douloureux de Mahler, superbe formellement, bienveillant et jamais racoleur, ce premier film documentaire de Patric Chiha est une réussite.

> Vu en avant-première française lors de la 7e édition du Festival International de La Roche-sur-Yon en présence de Patric Chiha.

Rédigé par Pierre Guiho

Publié dans #Bons coups, #Avant première, #Festivals

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