Sur le papier, c'est du tout cuit pour le réalisateur hirsute et son acteur fétiche. L'un pourra être gothique, l'autre grimaçant, dans une comédie horrifique aux décors ad hoc. Ça commence donc comme on s'y attend, même si l'on regrette d'emblée une voix-off narrative dont on aurait pu se passer. Pour le reste tout est là, sorcière, malédiction, vampire, famille foutraque dans son manoir moribond.
On note assez vite quelques changements dans l'univers burtonien. D'abord la datation, 1972, et la manière dont le cinéaste s'approprie la pop attitude, avec distance et amusement, jouant régulièrement le décalage entre les vieux bois du manoir, les manières du héros, les plastiques, le combi Volkswagen ou les hippies.
Autre nouveauté, Johnny Depp n'en fait pas des tonnes : pas trop de grimaces, pas d'effets de voix, et surtout aucun roulement d'yeux. Notons d'ailleurs la grande homogénéité d'un casting de qualité, entre les figures habituelles, Depp et Bonham Carter en tête, le retour d'une Michelle Pfeiffer en grande forme et comme toujours impériale, une Eva Green convaincante, et la toujours prometteuse Chloé Grace Moretz.
Loin du ratage d'Alice au pays des merveilles, Dark shadows est un film qu'on suit agréablement, sans ennui, mais sans émotion. Lisse de bout en bout, sans enjeu dramatique, sans ruptures de ton, le dernier Burton est une jolie chose bien troussée mais sans épaisseur. On regrette que le cinéaste ne s'en tienne qu'aux apparences de personnages dont les tourments et les noirceurs auraient mérité qu'on s'y attarde. Accentuant la comédie tout autant que le drame, il aurait pu nous offrir un grand film.
On peut alors s'interroger sur l'avenir d'un cinéaste dont les derniers films, à l'exception de Sweeney Todd, ont déçu. Quid de son inspiration, qu'a-t-il encore à dire ? N'est-il plus que décorateur, costumier, maquilleur ? Nous attendrons encore, mais à trop s'oublier, Tim prend le risque qu'on l'oublie.
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