La demora
Publié le 26 Février 2013
Nouveau film de Rodrigo Pla, cinq ans après le très puissant La zona, propriété privée, La demora confirme le talent d'un réalisateur humaniste, qui n'oublie jamais
qu'il fait du cinéma.
Exerçant à domicile un emploi précaire, élevant seule ses trois enfants et accueillant un père qui perd repères et mémoire, Maria est au bord de l'implosion. Les premiers plans donnent la
tonalité d'un film solidement structuré, dont la rigueur de l'écriture n'a rien à envier à la maîtrise de la mise en scène. Évitant pathos et misérabilisme, Rodrigo Pla prend soin de contrôler le
cadre, la profondeur de champ, la photographie. Cette richesse visuelle, enrichie d'une bande son très travaillée, contribue à détourner le film d'une seule vocation documentaire, pour en
faire une véritable œuvre cinématographique, abstraite par moments, belle et bouleversante.
Nous embarquant là où on ne pense pas aller, le film se refuse à juger, précisément parce qu'il n'y a pas à juger. Les relations entre Maria et son père, entre Maria et sa fille,
sont d'une telle justesse que l'empathie nous gagne rapidement. On se laisse alors porter par cette fable urbaine sur la destinée humaine, la fatalité sociale, l'amour, la confiance, la
désespérance.
Si le fond de l'histoire n'est pas optimiste, le ton est incroyablement doux. Subtilement dessinés, les personnages échappent à tout stéréotype. Agustin est un grand père aimant
et stoïque même s'il perd la tête, Maria réussit tant bien que mal à ne pas rompre le lien avec ses enfants, sa fille Brenda est une ado mature et compréhensive. Tous les comédiens contribuent à
une justesse de ton qui ne faiblit pas.
Rares sont les films qui conjuguent avec un même niveau d'exigence le fond et la forme. Les dernières séquences sont profondément émouvantes. Le dernier plan est très beau.