Después de Lucia
Publié le 3 Octobre 2012
Después de Lucia est un film qui met en colère. Pas pour les bonnes raisons. Et pourtant toutes celles qui alimentent cette colère sont nombreuses. Pour résumer, disons que Michel Franco
nous donne à voir un film d'une profonde malhonnêteté. Después de Lucia est un film détestable.
Écrire un scénario, c'est examiner le champ des possibles, et décider, en fonction des paramètres que l'on s'impose (style, personnages, background, etc) quelle direction prendre, s'y tenir, et
tout faire pour que la cohérence de l'ensemble rende le récit évident. Michel Franco clame haut et fort qu'il admire Haneke. Mais il n'a rien compris.
Le problème n'est pas de se dire que ce qu'il nous raconte peut exister. Cela existe forcément puisque tout existe. Mais ça ne peut pas exister tel qu'il nous le montre. Parce que dans ce qu'il
nous montre, rien ne tient, pas plus les situations que les personnages et leurs manières de réagir. Rien n'a de sens, rien ne fait sens, et tout finit par se résumer à quelques séquences
insoutenables et complaisantes qui assignent le spectateur à son siège, sans autre issue que supporter l'insupportable. Aucune distance, aucun regard, aucune construction minutieuse ("à
l'autrichienne") ne vient justifier qu'on nous force ainsi à n'être que de sales voyeurs. Le film fonctionne tellement à l'envers de ce qu'il veut dire (c'est du moins ce qu'on espère), qu'on
lâche vite l'affaire en se désintéressant totalement de ce qui arrive à l'héroïne et à son père. La fin arrive à point nommé, grotesque et pathétique, mais au moins nous libère-t-elle de ce
calvaire.
Ce serait trop aimable de souligner que la mise en scène est "belle" et les comédiens plutôt bons. Ce serait accorder trop de crédit à un metteur en scène dont on se demande s'il n'a finalement
pas pris plaisir à filmer ce qu'il nous inflige. Que son film abject ait remporté le Prix Un certain regard à Cannes est incompréhensible.
Film vu dans le cadre du Festival des Festivals organisé par Christoblog