Stand

Stand

La sortie DVD de Stand permet de revenir sur un film brut et singulier, aussi puissant dans la forme que dans le fond et que Persistance Rétinienne soutient avec fierté.

Tourner avec peu de moyens est encore possible, davantage même depuis que la qualité et la souplesse du numérique le permettent. On est alors à cent lieux des discours de ceux qui défendent la pellicule. Si le combat est légitime, affirmer que le numérique ne doit concerner que les caméras de surveillance (cf Lazlo Nemes, réalisateur du Fils de Saul : http://urlz.fr/2xkg) c’est raisonner en enfant gâté et nier le caractère essentiel du désir dans le processus de création.

 

C’est ainsi que Stand rend au cinéma le caractère d'urgence qui doit être son moteur, lui redonne sens et énergie, un caractère brut, et rappelle que l'acte de filmer est autant un regard sur le monde qu'un geste artistique.

Tourné en mode commando en Ukraine, Stand (position ou résistance dans le langage militaire) évoque la situation délétère de la Russie contemporaine quant à la question homosexuelle. Les récentes lois "anti-propagande" sont le pendant officiel des régulières humiliations et des nombreux lynchages ou crimes dont sont victimes de jeunes gays.

Ça se passe à Moscou. Anton et Vlad circulent sur un boulevard et assistent de loin, et sans intervenir, à une agression. Ils apprennent quelques jours plus tard qu'un jeune homosexuel a été tué. Anton décide d'enquêter.

On croit aussitôt à ce couple et à l'amour qui le nourrit. L'assise du film est là, celle qui légitime la fiction, son ancrage dans la réalité, ses envolées romanesques. « Je voulais faire un film sur un couple ordinaire que la société désigne comme différent et je tenais à ce que ce qu’Anton ait des choses à perdre. Je souhaitais que mon personnage soit dans un confort qu’il décide de mettre en péril au profit de cette (en)quête qu’il entreprend et qu’il pense que sa conviction soit plus forte que tout » explique Jonathan Taieb. C’est cette volonté narrative qui nourrit Stand et nous interroge sur la notion d’héroïsme.

 

Stand

Le récit avance par strates et donne toujours le sentiment d'une grande simplicité alors qu'il se densifie sous nos yeux. C’est aussi un récit qui s’est reconstruit lors du tournage, « une réécriture nécessaire, forcément en partie influencée par nos premiers jours sur place » précise le réalisateur.

Dans son obstination, Anton ne voit pas tout. Dans la manière dont nous le suivons, nous occultons des détails. Stand est aussi un film d'angoisse et de suspense, un thriller sec et stressant.

On retrouve tout le cinéma dans Stand. La mise en scène de Jonathan Taieb combine captations brutes et ellipses, pauses salutaires, accélérations brutales. Donnant toute sa puissance au hors-champ, elle resserre constamment le récit. Mieux, faisant de la voix-off un personnage à part entière, le film propose un récit à deux entrées, Anton d'un côté, la voix-off de l'autre. Narrative mais pas que, reprenant à son compte le questionnement existentiel du film, la voix que l'on entend nous donne d'autres clés de compréhension.

« La voix-off n’était pas écrite dans le scénario mais il nous manquait des éléments narratifs à l’issue du premier montage (…). Je tenais vraiment à faire réfléchir aussi bien un militant qu’un homophobe, et encore une fois, pour un film sur un tel sujet, il fallait faire de l’Humain le moteur. »

Jonathan Taieb

Jonathan Taieb

Le film avance et nous happe. Conduit par le regard d'Anton, magnifiquement incarné par Renat Shuteev, la caméra tour à tour subjective ou immersive puis lointaine, le spectateur est capté, captivé, emporté par un récit poignant, fort et puissant.

Le dernier quart d'heure alterne avec audace deux styles contrastés. Pris au ventre puis tétanisé, on reste sur le flanc, s'interrogeant sur la scène finale assommée de Wagner, l'emphase assumée comme un pied de nez aux rêves de Grande Russie de Poutine, reprenant à son compte les symboles et les statu(r)es avec une insolence rageuse.

« C’est autour de cette scène que le film s’est construit. C’est la première image que j’ai eu en tête. Elle a fait débat même dans l’équipe (…). C’est vrai qu’elle coupe de tout le reste du film mais dans les intentions, elle reste dans sa logique. »

Jonathan Taieb signe probablement le film le plus puissant de l’année. Pur récit de fiction inscrit dans une réalité anxiogène, cinéma d'urgence et de catharsis capable de nous rejouer une scène du Mépris, nous vriller les tripes et nous bouleverser, Stand fait aimer le cinéma.

 

DVD édité par EPICENTRE en partenariat
avec Amnesty International, Yagg, Culturopoing, Hétéroclite
et Persistance Rétinienne.

Sortie le 3 novembre 2015

Rédigé par pierreAfeu

Publié dans #Coups de coeur, #DVD-BR, #Partenariat

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