La zona

Publié le 30 Mars 2008

 

 

 

 

Le libéralisme, comme tous les totalitarismes, érige des règles que ses plus ardents défenseurs ne s’'appliquent pas à eux-mêmes. La loi du marché, donc du plus fort, c'’est bon pour la populace. Les nantis, ceux qui ont "réussi", se regroupent, se protègent, dussent-ils pour cela construire des murs autour d’eux.

 

La grande force du film de Rodrigo Pla est de nous plonger au cœœur de cette zona : quelques élégants mouvements de grue sur les pelouses, quelques panoramiques sur les façades des villas néo-coloniales, quelques travellings le long des 4x4 alignés, on se croirait dans Desperate Housewives. Mais l'’image est sombre et la tension nous prend aussitôt pour ne pas nous lâcher. La peur est au centre du film. La peur de l’'autre, de l'invasion, de la souillure, mais aussi la peur de mourir du jeune Miguel, littéralement coincé dans la zona, petit animal traqué par une horde de chasseurs. Car le désir de sur-protection rend fou. Le désir de sécurité démultiplie le sentiment d'’insécurité. On finit par tout craindre, on tire sur un vigile, on organise des battues, les jeunes gens traquent l'’intrus comme ils le feraient dans un jeu de rôles. Quand la police s’'en mêle, on lui offre de l’'argent, persuadé que ce langage est universel. Il ne doit rien se passer dans la zona, sinon c'’est la perte des privilèges.

 

La mise en scène est sobre et efficace. Pas de discours, mais un rythme prenant, des scènes qui glacent le sang. Pas de manichéisme mais une histoire à hauteur d’'homme, que l’'homme soit un salaud ou une victime, il reste un homme. La zona est aussi un récit initiatique, celui du jeune Alejandro qui, au contact de Miguel, va changer de regard, se rebeller, réagir. Le plus terrible là-dedans c’'est de savoir que ce n’est pas un film d’'anticipation. De tels quartiers existent, au Mexique ou ailleurs.

 

A l’'heure où nos agents immobiliers utilisent de plus en plus souvent l’'appellation "résidence sécurisée" comme argument de vente, à l’'heure où on nous parle des zones de non-droit de certaines banlieues seulement, à l’'heure où ceux qui ont réussi considèrent que ceux qui dénoncent les injustices ne sont que des jaloux, ce premier film brillant, vif, efficace et poignant, à l'’interprétation parfaite et la morale terrible, a le mérite et le courage de regarder notre société en face et de lui prédire l’'avenir : elle va droit dans le mur.

 

 

Un film indispensable.

 

 

 

Rédigé par pierreAfeu

Publié dans #Coups de coeur

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Fritzlangueur 22/04/2008 17:44

Une lucide vision de notre monde totalement paranoiaque et sécuritaire... Un film universel et d'une grande efficacité

marina 12/04/2008 13:16

la zonatros enorme le film moi jle trouve tro bien bsx

Armelle 07/04/2008 11:08

Bonne critique d'un film qui pointe d'un doigt ferme les excès de notre époque et la peur qui gagne tous les niveaux de la société. Mais qui sont ces nantis d'aujourd'hui ? La question mérite d'être posée. Sûrement pas les scientifiques et chercheurs dont on sait qu'ils tirent le diable par la queue dans leurs laboratoires. Rarement les innovateurs, les vrais créateurs qui ne sont jamais compris de leur époque. Alors, peut-être les gens qui font l'actualité : les sportifs, les acteurs, les vedettes du show-biz, les médias en vogue, les hommes politiques de tous poils et de tous bords, ces gens dont on parle et dont nous autres blogeurs parlons. Alors ? ARMELLE

dasola 02/04/2008 15:17

Très belle critique en effet. J'espère qu'il y aura plein de spectateurs pour voir ce film que l'on oublie pas et qui doit faire réfléchir. Même si c'est un voeux pieux. C'est vrai ce que vous dites sur les résidences toutes sécurisées. On a des portes blindées, d'ailleurs pour les assurances, c'est mieux. Là c'est du sécurisé à l'échelle de la ville. Jusqu'à présent, les murs c'était pour empêcher de s'enfuir, maintenant c'est pour les empêcher d'entrer.

PierreAfeu 31/03/2008 17:38

Il ne passe que dans un seul cinéma à Nantes aussi. C'est pour cela que nous avons couru le voir...