There will be blood

Publié le 12 Mars 2008



L’histoire du XXème siècle est intimement liée à celle du pétrole, cet or noir dont le héros signe le front de son fils adoptif en début de film. There will be blood est un film old school transpercé de fulgurances modernes qui se lit comme un roman du XIXème siècle, se densifiant au fur et à mesure de la narration. Qu’il soit l’adaptation d’un roman n’est pas un hasard. La littérature américaine contemporaine regorge de récits touffus et édifiants qui se structurent comme les romans français du siècle précédent.


There will be blood est un film tendu qui ne nous laisse aucun moment de répit, dans lequel chercher du pétrole, forer, creuser des puits est l’activité principale et obsessionnelle de ses personnages. Daniel Plainview veut gagner de l’argent grâce à l’or noir. Il est prêt pour cela à tout sacrifier. Il finira seul. Résumé ainsi le film peut sembler caricatural. Savoir qu’il est adapté de l’œuvre d’un écrivain très engagé à gauche, qu’il serait en quelque sorte la genèse du capitalisme, peut sembler rébarbatif. Et même si le film est long, même si quelquefois on décroche, There will be blood n’est rien de tout ça.


Il faut tout d’abord noter l’excellence du scénario : il est tellement rare de voir une adaptation se passer de voix-off narrative (le procédé des sans talent et des paresseux), transformer en images ce que l’écrivain a décrit en mots (les 15 premières minutes sont quasiment muettes) qu’il faut le souligner. La mise en scène est brillante, fluide et très souvent magnifiée par l’utilisation sensible et subtile d’une musique exceptionnelle. La scène de l’incendie, notamment, est éblouissante. Côté casting, rien à dire : Robert de Niro, pardon, Daniel Day-Lewis est parfait dans le rôle de ce chercheur bourru et avide d’argent dont on ne cerne pas totalement la personnalité. Paul Dano, l’une des révélations de Little Miss Sunshine, est admirablement ambigu en prédicateur infantile. Enfin, le jeune Dillon Freasier, profondément émouvant en garçon mutique, apporte un peu d’humanité à cet univers masculin coupé du monde et particulièrement brutal.


Ce n’est peut-être pas le chef d’œuvre annoncé, mais c’est en tout cas un film puissant dont on n’oublie pas la sourde ambiance et la profonde désespérance. Creuser, extraire, vendre, empocher, prédire, prier dieu, chasser le démon, pleurer de l’argent … à quoi ça rime ?



Rédigé par pierreAfeu

Publié dans #Bons coups

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