Shame

Publié le 11 Décembre 2011

Shame2.jpg

 

Comment filmer l'addiction ? Puisqu'il faut montrer, que doit-on montrer ? Et s'il s'agit d'addiction sexuelle, jusqu'où doit-on aller ? La honte du titre est celle de Brandon lorsqu'il est "surpris" dans les manifestations de sa pathologie. Pour la vivre pleinement, il doit la vivre clandestinement. Ses partenaires de sexe sont personne, elles n'ont pas de nom, à peine un visage, un corps vite oublié. Ici la jouissance n'existe que pour mettre fin au désir, pas en tant que telle. Le désir mène Brandon. En dehors il n'est rien.

 

Shame possède quelques qualité de Hunger, le premier film coup de poing de Steve McQueen, mais pas toutes. La grande force de Hunger tenait dans son scénario. En situant son nœud narratif au centre du film, le réalisateur construisait une trame redoutablement intelligente et efficace. On ne retrouve rien de cette intelligence dans Shame, rien qui ne nous renverse, rien d'éblouissant. Pire, le film n'évite ni longueurs (New York, New York, le sexe à trois), ni superflu ou invraisemblances (la tentative de suicide, la backroom gay, le PC infecté).

 

Visuellement, le film est superbe. La scène d'introduction est splendide. La manière dont Fassbender est filmée, souvent bord cadre, plaçant le vide entre lui et le monde, ou déambulant nu dans son appartement, démontre la maîtrise visuelle d'un cinéaste qui n'a rien perdu de son exigence. Mais cette fois, le scénario ne venant pas amplifier la forme, le film se résume rapidement à une succession des scènes signifiantes quelquefois trop appuyées. De même, les relations entre Brandon et sa sœur, seule matière "humaine" du film, même si certaines scènes sont réussies, ne parviennent pas à dépasser certains clichés.

 

Il reste malgré tout un sentiment général terriblement déprimant. Brandon a une vie de merde, il est pour ainsi dire mort. C'est peu de dire que la chair est triste. À ce titre, Shame est l'un des films les plus désespérants qu'on ait pu voir depuis longtemps.

 

Égal à lui-même, brillant et habité, Fassbender domine le film, laissant peu de place à une Carey Mulligan pourtant beaucoup moins fadasse que dans Drive. De Steve McQueen, on attendra avec intérêt une nouvelle expérience cinématographique digne de son fantastique Hunger.

 

Etoile2

 

FestAut01

Rédigé par pierreAfeu

Publié dans #Coups moyens

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article