Le rêve de Cassandre

Publié le 7 Novembre 2007

Mine de rien, et ce quelques semaines après Sydney Lumet et son brillant 7h58 ce samedi-là, Woody Allen nous propose une nouvelle transposition de tragédie grecque, avec tout ce que cela suppose de liens de sang, de fatalité et de drames... Tout commence par l'acquisition d'un petit voilier que Terry et Ian, deux frères, rêvaient de s'offrir depuis des lustres. Tout semble léger et joyeux même si l'on comprend vite que tout ce petit monde (les deux frères et leurs parents) ne roule pas sur l'or. Parce qu'en plus d'être une tragédie, Le rêve de Cassandre est aussi une fable sur l'argent. Ian nourrit des espoirs de réussite dans les affaires et Terry passe son temps libre à jouer aux courses de chiens ou au poker. La construction subtile du film nous amène progressivement au nœud de l'histoire, au moment où tout va basculer, à l'instant où les deux frères vont, comme ils le disent, "dépasser la limite". Terry contracte une énorme dette de jeu, Ian a besoin de fonds pour investir. Arrive alors le providentiel oncle Howard, le sauveur, celui qui a réussi (comme le répète sans cesse sa sœur, mère des deux héros). L'annonce de sa visite nous vaut d'ailleurs un merveilleux échange de regards entre Colin Farrell et Ewan McGregor (tous deux excellents du début à la fin)... Ils croient alors que tout va s'arranger d'un coup de baguette magique. Mais ce que leur oncle va leur demander en échange de ses précieux billets, dépasse tout ce qu'ils auraient pu imaginer. On s'enfonce alors dans un récit plein de suspense, dans lequel la noirceur gagne jusqu'au final. Loin de ses délicieux délires existentiels, Woody Allen nous donne à voir le spectacle de rêves brisés par une fatalité terre à terre qui n'a que faire des remords. Si l'on ajoute à cela la magnifique musique de Philipp Glass, qui sait mieux que personne mêler théâtralité, émotion et enchantement, on peut conclure que le "Woody Allen 2007" est un bien bon cru qui s'aventure là où on ne l'attendait pas...

 

 

Rédigé par pierreAfeu

Publié dans #Bons coups

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pierreAfeu 10/11/2007 14:38

Et puis Woody Allen a très souvent fait le choix de tourner de films à petits ou moyens budgets, ce qui garantit également une certaine liberté artistique...

Marcello 10/11/2007 13:50

"Moi je suis sidéré du nombre considérable de bons (comme celui-là) ou très bon films que Woody Allen a réalisé. Je crois qu'il est un exemple unique, surtout dans la situation de crise que connaît le cinéma, de pouvoir réaliser les oeuvres dont il a envie sans se soucier des courants ou de modes."
C'est l'apannage des grands... les
Welles, les Coppola, les Scorsese, les fellini et autres Lynch ( pardon pour ceux que je cite pas ) agissent de la sorte et comme en plus ils sont ou ils furent tous "banquables", ils peuvent se permettre de prendre des risques.

Fritzlangueur 08/11/2007 15:44

Moi je suis sidéré du nombre considérable de bons (comme celui-là) ou très bon films que Woody Allen a réalisé. Je crois qu'il est un exemple unique, surtout dans la situation de crise que connaît le cinéma, de pouvoir réaliser les oeuvres dont il a envie sans se soucier des courants ou de modes.