Le premier jour du reste de ta vie

Publié le 8 Août 2008



L'exercice était casse-gueule. Entre le "famille je vous hais" repris à son compte par Desplechin et le "famille je vous aime" à la sauce TF1, l'espace laissé n'est pas facile à occuper. Remi Bezançon choisit la difficulté en pratiquant l'ampathie. Il est en effet beaucoup plus périlleux de peindre l'amour de la famille que de s'y attaquer.

L'affiche laissant supposer un éternel glissement vers la niaiserie (française) ordinaire, la surprise n'en est que plus grande dès les premières images. Joli générique et première scène dynamique à la réalisation très anglo-saxonne. En pratiquant l'ellipse tout en narrant en profondeur 5 journées des membres de cette famille, Bezançon va directement à l'essentiel. On oublie vite la faiblesse de certains dialogues et les quelques situations trop faciles, pour s'attacher avec affection à chacun des membres de cette tribu. La mise en scène toujours inventive mais jamais ostentatoire donne à la narration une dynamique qui la sort littéralement du genre. On pense à C.R.A.Z.Y. ou American Beauty, la cruauté en moins, à Little Miss Sunshine pour cette illustration du concept de famille comme clan, refuge ultime, lieu d'abandon. Zabou Breitman et Jacques Gamblin sont merveilleux, beaux et fragiles, profondément attachants. Idem pour Marc-André Grondin, Pio Marmai et Déborah François, tous trois parfaitement à leur place.

Si le film ne nous apprend rien sur les dessous d'une famille que l'on pourrait qualifier de "type", il en accompagne l'évolution, entre destructuration et reconstruction, sans niaiserie aucune, avec une clairvoyance et une justesse qui font que l'ampathie fonctionne à plein. Ajoutons à cela une BO très présente mais jamais pesante, ponctuée du meilleur de la musique anglo-saxonne (la grande classe : David Bowie, Divine Comedy, Lou Reed et bien sûr le beau titre d'Etienne Daho qui donne son nom au film), et nous pouvons dire du Premier jour du reste de ta vie qu'il est la vraie bonne surprise du cinéma français cru 2008 !

S'il faut choisir son camp, entre la tentation shakespearienne emplie de haine mais dénuée d'affect d'Un conte de Noël et la déclaration d'amour du Premier jour du reste de ta vie, et quite à me prendre une volée de bois vert de la part des aficionados de la branlette intellectuelle, je choisis Bezançon contre Desplechin !

Rédigé par pierreAfeu

Publié dans #Bons coups

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pL 10/08/2008 23:49

Un conte de Noël ne crie pas haut et fort "famille je vous hait", son discours est nettement plus complexe et subtil que cela. c'est davantage sur la poreuse frontière entre adoration et detestation au sein de la cellule familiale que s'interroge Arnaud Desplechin.

Le film de Rémi Bezançon est en effet une très bonne surprise, absolument pas téléfilmique pour moi. C'est du cinéma populaire dans le sens le plus noble du terme, doté d'une structure audacieuse et totalement appropriée.

On peut certes comparer Un conte de Noël au Premier jour du reste de ta vie parce que ce sont tout deux des portraits de famille, mais leur style est très opposé. Ce n'est pas le même genre de cinéma, et ils ne visent pas le même public. Personnellement, j'ai beaucoup aimé les deux, avec une petite préférence quand même pour le film de Desplechin (pour le moment mon film préféré de 2008).

Snifff 10/08/2008 15:47

Bah Lou Reed, il a fait trois albums magistraux et centraux dans l'histoire du rock avec le Velvet Underground. Freddy Mercury à côté de Lou Reed, c'est comme Zhang Yimou à côté de Kurosawa (j'aurais pu dire Bezançon à côté de Desplechin mais on m'aurait pas bien compris). Enfin bon. C'est bien l'indépendance intellectuelle et culturelle, mais si c'est pour dire des conneries sur la Nouvelle Vague (ta seule critique c'est que ce sont des cinéastes critiques, bon, d'accord, sacré point de vue, et les femisards ne sont pas des cinéastes critiques en plus) et sur Lou Reed, faut pas pousser.

pierreAfeu 10/08/2008 15:06

Queen c'est de la merde, sauf quand ils chantent avec Bowie (et ce n'est arrivé qu'une fois, histoire de les relancer)... La pub c'était plutôt Vittel, je crois. Bon, après, il avait juste peur d'être obligé d'en boire sur scène... ;-)

CAPC (comite anti politiquement correct) 10/08/2008 14:48

éh ! Qui a dit que je devais être de bonne foi moi, je ne me targue pas du contraire ! Je suis même presque fier d'être de mauvaise foi et de venir foutre la merde, comment meriterais je mon nom sans cela ? Il est donc bien normal que je m'attarde sur le phénomène Daho. Bowie, bon, ok, c'est le gars de la pub éviian c'est ça ? Et Lou Reed il a fait quoi à part "perfect day" ?
Ah, pauvre almaric, il sait plus quoi faire pour vendre un film. Après sa loghorée césarienne, voila qu'il compare un génie et.... Je ne trouve pas de mots.
Je comprends très bien ce que tu veux dire dans ton dernier paragraphe. j'avoue que je ferai le même choix entre un cinéaste-critique (comme le sont ceux qui sortent de la Femis et de la Nvl Vague) et un créateur, même de sous telefilm.
Et si tu es d'accord avec ma dernière phrase, alors je n'ai plus rien à dire.

Vincent: Pour sur que j'ai pas tort, et si j'exagère (j'ai exagéré ?) c'est pour mieux faire passer les idées. Tout le monde il comprend ou je veux en venir, les sous entendus et moi, ça fait deux. Ben moi je suis pas d'accord avec toi, donc un peu pas d'accord avec moi si je te suis bien ? J'aime les "faiseurs consciencieux" (comme Queen ?) plutot que les cinéastes critiques. Pour le financement, je suis totalement indépendant, c'est pas une bande de bridé qui va réussir à avoir ma peau !

"J'aime les auteurs intelligents qui ont l'humilité de ne pas nous assommer avec leur dialectique." Pareil. La dialectique c'est de la merde. pas de l'art en tous cas.

"Parce que quand je vois Les Chansons d'amour ou Dans Paris, je me dis qu'en effet cet héritage est lourd à porter" Avec un héritage en bois, on fait des films en papier (re)maché, forcément !

pierreAfeu 09/08/2008 16:39

C'est curieux : autant je trouvais que Desplechin inventait dans ses premiers films, autant je trouve qu'il file un mauvais coton dans ses deux derniers. Je ne le trouve pas éclectique, j'ai plutôt l'impression qu'il creuse le même sillon. Mettre Ferran sur la même ligne qu'Honoré ou Ozon, ça aussi c'est de la provoc, cher Snifff. De plus, je me fous royalement des héritages. Et puis Bergman m'emmerde.