Passion

Publié le 16 Février 2013

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Une agence de publicité. Les pouvoirs de la hiérarchie. Deux femmes. Puis trois. La séduction. Le rejet. L'humiliation. Voilà un roman de la collection Harlequin. Ou un film de Brian De Palma.

Le début de Passion rappelle une vieille publicité parodiée par Les Nuls : un mannequin (Cindy Crawford ?) dirige une réunion, distribue des feuilles blanches, bouge sa chevelure, est ovationnée. Pendant toute la première partie du film, on en est là. On ne croit pas une seconde à cette agence, à sa directrice, sa chef de pub, la campagne menée. Les ordinateurs sont de marque Apple, le smartphone dont on accompagne le lancement, un Panasonic. On est à Berlin dans des bureaux high-tech, une maison immense. On porte de belles robes, on roule en Audi. Les femmes sont fascinantes, les hommes inexistants. Le seul qui nous est donné à voir est repoussant, falot, ridicule.

On se demande où De Palma nous mène. Le monde qu'il nous peint est factice. Son monde est factice. Tout cela n'existe pas. Ce qu'on ne sait pas encore, c'est que le film agit sur nous comme une drogue lente. Injectée dans nos veines, elle remonte lentement vers le cœur. De chaque veine vers le cœur. De chaque image vers le cœur. On comprendra que rien n'est inutile. De Palma construit sa toile.

L'image tourne au bleu. La caméra se désaxe. La lumière passe par des stores invisibles. S'ensuivent quelques scènes époustouflantes : Isabelle qui pète les plombs dans le parking, puis Christine l'humiliant en public, d'autres encore. À partir de là, le film vacille et s'emballe. La drogue atteint le cœur. Longtemps sur nos gardes, craignant le pire, on sait alors que De Palma a gagné la partie. Peu importe qu'il convoque ses vieilles obsessions, peu importe le film de Corneau dont il s'inspire (et dont on sait, rien qu'à regarder la bande annonce, qu'il est mille pieds dessous), peu importent les maîtres singés ou magnifiés, De Palma impose sa vision, son point de vue, sa mise en scène. Ses fantasmes deviennent nôtres. On se laisse porter. C'est grisant.

Le trio McAdams-Rapace-Herfurth fonctionne à merveille. La brune brouille sans cesse les pistes, la blonde explose en salope magnifique, tandis que la rousse relance la danse. Elles sont toutes trois excellentes.

Le film reste improbable de bout en bout mais on s'en moque. La tragi-comédie se déploie telle une fleur qui s'ouvre, prenant tout l'espace. De Palma est maître en son théâtre. Arrive alors LE split-screen, mouvant, fantomatique, fascinant. Le jeu se fait sur son axe, sur le son qu'on ouvre et qu'on ferme, les grosseurs de plans. Le meurtre, l'interrogatoire, les revirements multiples... le final n'en finit pas alors de nous troubler les sens, accumulant rêves et scènes impossibles jusqu'au plan ultime.

Du grand art.

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Film vu dans le cadre de My own private festival by mymp sur Christoblog :

 

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Rédigé par pierreAfeu

Publié dans #Coups de coeur

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Commenter cet article

mymp 17/02/2013 12:37


Vous me surprendrez toujours, mon cher Pierre (oui ça y est, suis devenu complètement snob !). J'étais persuadé qu'aucun des Nantais allaient aimer, enfin si Fab parce qu'il kiffe bien les
thrillers style années 80/90 (Passion y ressemble beaucoup).


Apparemment, tu n'as rien trouvé à redire à cette première partie que je trouve, pour ma part, fade et limite ridicule (la scène où Isabelle pète les plombs n'est quand même pas terrible). Pour
la suite, on est d'accord, c'est presque du grand art.


Par contre, je parie 3 millions de dollars que tu ne vas pas aimer Die hard 5. Une grosse intuition, comme ça...

pierreAfeu 17/02/2013 16:22



J'aime vous surprendre, mon cher Mymp !
D'ailleurs j'ai bien aimé les deux bandes annonces de Die hard 5 que j'ai vues...


Pour en revenir à Passion : si l'on isolait la première partie du film,
je trouverais beaucoup à redire.
Mais comme elle n'est là que pour mieux nous surprendre, je ne dis rien.



copa738 17/02/2013 11:41


Très très belle critique, pour ce film qui t'a beaucoup inspiré, tout comme moi :)


PS : Crime d'amour est pas si mauvais que ça :)

pierreAfeu 17/02/2013 11:51



Vu la BA de Crime d'amour, je n'ai franchement pas envie de le voir...



Wilyrah 17/02/2013 11:40


Comme tu l'as constaté, à moitié convaincu. J'ai bien senti tout ça, la volonté de le prendre à la fun et de tourner le genre en dérision. Mais ça ne fonctionne qu'à moitié, je trouve.


 


Mais c'est cool si tu es rentré dedans à fond :)

pierreAfeu 17/02/2013 11:50



Oui, et c'était pas gagné.
J'y allais plutôt avec un a priori négatif...