4 mois, 3 semaines, 2 jours

Publié le 20 Septembre 2007

Il y a quelquefois des Palmes d'Or chiantes. Il y a des Palmes d'Or grand public pleines de bons sentiments. Et il y a aussi des Palmes d'Or incontestées. C'est le cas de ce film roumain pour lequel la critique est unanime.

Ça se passe en 1987, deux ans avant la chute du mur de Berlin, et par voie de conséquence, celle de Ceaucescu. L'avortement est interdit, non pas sur des critères moraux, mais parce que le pays a besoin de main d'œuvre… Le recourt à l'avortement en est presque un acte de rébellion et de liberté face à la dictature.

Ça commence par une scène qui semble banale entre deux étudiantes dans un foyer. On devine que quelque chose se prépare et qu'elles vont devoir s'absenter quelques jours. La question est "le poisson rouge va-t-il tenir sans manger ?"

On comprend vite que la petite brune à l'allure presque enfantine, Gabita, va se faire avorter, et que la blonde un peu plus masculine, Ottila, va l'aider et la soutenir dans cette épreuve. Elles vont rencontrer Monsieur Bebe, conseillé par une copine…

C'est un film âpre, difficile, sans esbrouffe, sans fioriture. On est à 100.000 lieux d'hollywood, davantage dans le néo-réalisme italien que dans le sirupeux.

Tourné en longs plans séquences, quasiment en temps réel, sans musique, dans une lumière grise, le film nous plonge avec ses héroïnes dans une existence du chacun pour soi, de démerde, de corruption. L'absence de liberté vous oblige à agir seul lorsqu'il s'agit de prendre des décisions graves.

C'est un film sur l'engagement, l'amitié, la fidélité. Ottila a décidé d'aider Gabita. Elle fera tout ce qu'il faut faire pour respecter sa parole, même ce qu'elle n'aurait jamais pu imaginer.

C'est aussi un film sur les petits, ceux qui ne sont rien ou qui sont fragilisés par telle ou telle situation. Un film sur ceux qui ont le pouvoir sur ces petits (qui sont d'ailleurs bien souvent juste au-dessus et petits eux-mêmes).

Un très beau film donc, difficile mais puissant, avec deux actrices remarquables, une mise en scène sobre mais assumée.

Certains ont voulu polémiquer, au vatican ou ailleurs à propos de ce film. En fait, tous ceux qui sont opposés à l'avortement. Ceux-là n'ont vraiment rien compris et auraient certainement besoin de suivre des cours d'analyse filmique parce que la question n'est pas là. Comme quoi, même un très bon film n'empêche pas les cons de s'exprimer…

Rédigé par pierreAfeu

Publié dans #Coups de coeur

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Fritzlangeur 21/09/2007 15:47

Mungiu met en images la réalité intrasèque de cette période trouble pour la Roumanie avec beaucoup de talent et de froideur intentionnelle trop peut-être. Qui trop embrasse, mal étreint, ses longs plans fixes finissent parfois par peser et la force du discours perd de son intensité.

dasola 21/09/2007 12:51

Très grand film en effetA voir pas seulement parce que il a reçu une Palme amplement mérité mais, parce le scénario est très fort, la caméra numérique au plus près des actrices et acteurs. Pour l'actrice principale dont la détermination farouche force l'admiration.