Lady Chatterley

Publié le 20 Septembre 2007

Ça se passe dans les années 20 en Angleterre. Lady Chatterley est mariée à Sir Clifford. Le mari a été blessé à la guerre. Il n'a plus l'usage de ses jambes et on comprendra plus tard qu'il n'a plus l'usage d'autre chose non plus… Il dirige une mine et incarne le capitalisme triomphant.

Constance vit auprès de lui, s'occupe de lui et s'emmerde. Et quand on vit dans un château en pleine campagne, la seule chose à faire est d'aller se promener dans la nature… Et c'est là qu'elle va rencontrer le garde-chasse de son mari qui s'appelle Parkin.

Ce film est d'abord l'histoire d'une initiation. Constance est curieuse. Elle aime découvrir ce que la nature lui offre. Elle vit un véritable éveil des sens. Bruits, odeurs, tout cela est très sensuel, tout cela fait monter le désir… Et c'est tout naturellement que la Lady et le garde-chasse vont s'étreindre, faire l'amour puis s'aimer.

Lui c'est "l'homme des bois" du titre de cette version du roman de DH Lawrence que Pascale Ferran a adapté. C'est un homme brut, pas franchement beau, mais avec un pouvoir sensuel presque animal, mais aussi une douceur profonde… Il a donc sur la jeune Lady un pouvoir de séduction énorme.

Ce film c'est l'histoire d'un amour vu au microscope presque. Comment en aimant on parvient à sublimer l'autre, comment on apprend à découvrir le corps de l'autre, à le toucher, le caresser, le dompter…

Et comment aussi, l'amour fait exploser les barrières sociales. On est dans les années 20, l'après première guerre mondiale. Constance, en même temps qu'elle découvre l'amour, découvre aussi le socialisme… Par cet amour elle s'oppose à la hiérarchie des classes sociales mais aussi à la hiérarchie des sexes.

L'amour qu'elle porte à Parkin, la confiance mutuelle qui les lie, va lui permettre à lui, d'accepter d'elle ce qu'un homme de cette époque n'accepte pas d'une femme.

Lady Chatterley est un film sensuel et physique. La nature y est magnifiquement filmée et enregistrée, les scènes d'amour sont à la fois très intimes et très pudiques… les deux amants se parlent de leurs corps, de leurs sexes, de leur nudité… Ils parlent aussi de leur amour, de leur avenir possible ou impossible. C'est toujours juste et profond, confondant de vérité. Et profondément émouvant.

Lady Chatterley c'est Marina Hands, une révélation… à la fois femme-enfant, femme de tête et femme de corps qui est avant tout mue par la curiosité, l'envie de découvrir, l'envie de vivre tout simplement. Face à elle, Jean-Louis Coulloc'h autre révélation du film avec un corps de rugbyman et un regard d'enfant. Il incarne ce qu'on pourrait appeler "l'homme bon", celui qui désire la femme mais aussi celui qui la respecte. Parce c'est finalement elle qui le fait exister. N'oublions pas non plus Hippolyte Girardot qui n'a jamais été aussi bon dans le rôle de Sir Clifford, le mari de Lady Chatterley… rôle qu'il incarne en profondeur sans jamais le rendre caricatural ou antipathique.

Et enfin, Lady Chatterley c'est le film de Pascale Ferran, qui nous avait déjà émerveillé avec son premier film Petits arrangements avec les morts, une cinéaste exigeante et rigoureuse, à la fois engagée artistiquement et socialement… qui a lu aux derniers Césars un discours très juste sur l'état actuel du cinéma française et de ceux qui le font.

Rédigé par pierreAfeu

Publié dans #Coups de coeur

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jade 28/09/2007 22:41

Ce que j'aime dans ce film c'est que l'éveil de cette femme à la sensualité s'accompagne d'une prise de conscience du monde qui l'entoure et de ses inégalités, loin de l'image sulfureuse qui collait toujours à ce titre.Les acteurs sont tous très bien.Un film exigeant auquel les Césars ont redonné une deuxième chance