Julia

Publié le 19 Mars 2008



Le retour d'Erick Zonka derrière la caméra est déjà un événement en soi. Que celui-ci se fasse aux Etats-Unis en est un autre. Que son film semble plus américain que la plupart des films américains en est un troisième. Julia possède en effet tous les ingrédients du film indépendant typique : personnages borderline dans une Californie abrutie par le soleil et l'alcool, road movie désespéré à travers le désert et le Mexique, héroïne féminine seule contre le monde entier...

Ce serait compter sans un scénario astucieux et une mise en abyme sociale particulièrement acerbe. Julia boit. Beaucoup même. Ses longues jambes juchées sur des talons hauts, elle aime plaire aux hommes et se réveille bien souvent aux côtés d'un parfait inconnu qu'elle ne respecte pas, et qui la jette comme on jette une pute. Julia boit et perd son travail. Seule au monde, acceptant difficilement l'aide du seul homme qui l'aime, elle s'embarque dans une histoire sans issue qu'elle voit comme le seul moyen possible de gagner de l'argent. Elle kidnappe un gosse de riche dans le but premier de le rendre à sa mère mexicaine, femme bordeline elle aussi, naviguant entre cure de désintoxication, élans mystiques et désespoir maternel (magnifique Kate del Castillo).

Filmée au plus près des acteurs, la fuite en avant de Julia l'emmène jusqu'à Tijuana où l'issue semble écrite. Mais un scénario bourré de surprises et insensible au prévisible, liant destins personnels et contexte ethnique et social, rend ce road movie particulièrement édifiant. A ce titre, le passage de la frontière américano-mexicaine est tout simplement extraordinaire. De même, le personnage de Tom, garçon de 8 ans mutine et jamais hystérique, est à cent lieues des clichés : petit animal lourdaud, gosse de riche prenant à son compte le discours dominant du self-made man, il ne redevient un enfant qu'au contact de Julia, d'abord brutale et sans cœur, puis peu à peu aimante et protectrice (pas vraiment mère, mais déjà aimante).

On pense bien sûr à Gloria, non pas pour comparer deux histoires qui ne se ressemblent qu'en apparence, mais plutôt dans une manière âpre de filmer et de montrer les événements dans toute leur brutalité. Et puis il y a Julia. Tilda Swinton, à l'image de son aînée Gena Rowlands, est de ces actrices qui crèvent l'écran, habitent chaque plan d'une rage et d'une sensibilité sans comparaison. Du début à la fin, Julia suit le destin d'une laissée pour compte qui rêve de s'en sortir, fut-ce par des moyens déviants. Mais les moins que rien des pays riches sont toujours mieux lotis que les moins que rien des pays pauvres. Mieux lotis donc moins désespérés. Moins désespérés donc plus respectueux de la vie humaine.

A travers ce film brillant et brut de décoffrage, Erick Zonka nous rappelle que nous vivons dans un monde détruit et violent, dans lequel ceux qui sont au bord de la route sont plus nombreux que ceux qui s'y promènent.

Rédigé par pierreAfeu

Publié dans #Bons coups

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VincentLesageCritique 22/03/2008 18:01

"Julia" m'a sensiblement fait pensé au "Twentynine Palms" de Dumont dans sa peinture désespérée des Etats-Unis, pas toi ?

PierreAfeu 19/03/2008 14:34

Tu devrais en parler à heavenlycreature, c'est un film qu'il adore...

Chitka 19/03/2008 13:54

Julia est un très beau film.. j'attends de voir la vie rêvée des anges avec impatience.