Joshua

Publié le 13 Juin 2008

Sortie nationale le 30 avril. Projection unique à Nantes le 12 juin dans le cadre de l'Absurde Séance. Ce film, comme tant d'autres (et de plus en plus nombreux), illustre le scandale actuel de la distribution et de la programmation. Nantes, 6e ville de France, dont l'agglomération possède 5 multiplexes, ne permet pas à tous les films d'êtres vus. Joshua, Ploy, et cette semaine Les ruines : pas de programmation. On préfère diffuser les succès assurés sur 3 ou 4 écrans par cinéma, vendre des pop-corns ou des glaces… Jusqu'où cela va-t-il aller ? Pendant combien de temps vont-ils ainsi se foutre de notre gueule ?


Le pitch fait penser à La Malédiction, pensée aussitôt écartée : exit le diable et ses relents judéo-chrétiens nauséabonds. Ici le petit garçon pas très gentil est juste un petit garçon pas très gentil, pas le diable…

Dès les premières images, Joshua jouant au soccer sous les yeux de son père, le décalage s'impose. Dès que le garçon de neuf ans est présent, images et sons ne sont plus sur la même longueur d'onde. Le cadre lui-même le place en périphérie tel un observateur ou un démiurge, ce qu'il est en vérité. Durant tout le récit, il tire parti des situations pour les mettre au service de son trouble dessein. Pour le spectateur, la sensation d'enfermement est palpable dès les premières scènes. Au cours d'une réunion de famille fêtant l'arrivée de la petite sœur, père caméra rivée à l'œil, mère rivée à son bébé, Joshua jouant du piano aux côtés de son oncle, grands parents critiques, on étouffe. Et ce sentiment ne nous quitte pas.

La mise en scène et l'habile scénario tirent profit d'une situation banale : un couple, le fils aîné, la petite sœur, le souvenir de la déprime post-natale de la mère à la naissance de Joshua, le père conciliant puis débordé. Le suspens grandit lentement. Les personnages déraillent petit à petit, Joshua observe, contrôle, agit. On pense à Polanski, à Cronenberg. On n'est pas dans un film d'horreur, ni un thriller, plutôt un film psychanalytique. Jouant des schémas familiaux établis, brisant les tabous (où comment des parents vont haïr leur enfant), illustrant à l'extrême les questionnements, les doutes et les peurs de tous les membres de la famille à la venue d'un nouveau né (mère angoissée par la perte, père rassemblant ses instincts protecteurs, fils se sentant désaimé), ce premier film du documentariste George Ratliff, scandaleusement mal distribué, s'impose comme une œuvre majeure à la fois classique et novatrice.

Notons l'excellente interprétation de Sam Rockwell (père enfant, père débordé, père noyé), Vera Farmiga (dont la névrose est palpable et communicative, éblouissante dans la partie de cache-cache) et Jacob Kogan (faux mutique, vrai comédien, troublant de bout en bout).

Une réussite totale.

Une distribution scandaleuse : un film tué dans l'œuf. On avait déjà vu ça l'an dernier avec Bug. A qui le tour ?


Rédigé par pierreAfeu

Publié dans #Coups de coeur

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PierreAfeu 02/07/2008 09:30

Il est pour moi du même niveau, puisque j'ai adoré Bug … ;-)

Shin 01/07/2008 16:52

Bonjour,

J'espère néanmoins que ce film est d'un meilleur niveau que "BUG" qui m'avait passablement ennuyé...

Amicalement,

Shin.

pL 13/06/2008 19:43

J'aurais bien aimé le voir, mais pas possible... Il ne passe nulle part. Pire: certaines salles de cinéma sont occupées par la diffusion des matches de l'euro...