It's a free world

Publié le 11 Janvier 2008



"L'Angleterre est un pays difficile" dit Karol, jeune ouvrier polonais à Angie, l'héroïne du film. On est loin du miracle économique anglais tant vanté pas nos responsables politiques. Ou plutôt si : il y a du travail, à l'heure, à la journée, et quel travail… celui que seule la main d'œuvre importée de Pologne, d'Ukraine, d'Iran ou du Brésil accepte. Quand je lis sur Allociné, parmi les "0 étoile", ceux qui parlent de "propagande" à propos de ce film, les bras m'en tombent. Propagande de quoi, nom de dieu ? On vit dans une société de propagande : chaque jour, à la télévision, sur internet, dans la bouche de nos dirigeants, la propagande de la société libérale est propagée. On glorifie l'initiative individuelle, la flexibilité de l'emploi… "Tout est précaire" nous dit Laurence Parisot. Ainsi s'opposer à ce discours ambiant, donc totalitaire (puisque la propagande, rappelons-le, est toujours l'outil du pouvoir en place), ce serait du bourrage de crâne ? C'est le monde à l'envers !

Pour en revenir au film de Ken Loach, même s'il n'est pas parfait, même s'il est quelquefois un peu démonstratif ou explicatif, il a le mérite de pointer du doigt les conséquences d'une politique économique qui broie les plus faibles en les jetant à corps perdus dans un engrenage infernal duquel ils ne peuvent plus sortir. Angie, d'abord victime, puis bourreau, mais finalement toujours victime d'un système qui la dépasse, croit pouvoir tirer parti de l'offre et de la demande qui régissent le monde du travail. Elle croit qu'elle rend service, qu'en prenant quelques risques, elle va pouvoir s'en sortir. La grande réussite du film est donc de nous faire partager le quotidien de cette jeune femme, très middle-class, ambitieuse et jamais découragée, maladroite, égoïste quelquefois, altruiste d'autres fois, aimante, perdue, dépassée. Le film montre sans démontrer, associe des évènements qui, certes, sont peut-être un peu trop nombreux pour un seul personnage, mais dont personne ne peur oser dire qu'ils sont pur fruit d'invention, à moins de vivre avec des œillères.

L'interprétation est parfaite, du premier au dernier rôle (Kierston Wareing est exceptionnelle), le ton est toujours juste, ne tombant jamais dans le sordide ou le larmoyant. Ken Loach n'est pas le meilleur cinéaste du monde, mais il est indispensable à nos vies et nos prises de conscience. La dernière image, alors que le cercle se boucle, d'une quinquagénaire ukrainienne prête à tout laisser pour le "free world", une femme dont la douceur et la résignation se lisent sur le visage, est tout simplement bouleversante.

It's a free world apparaît, dans le Londres d'aujourd'hui, comme le négatif du superbe Match Point de Woody Allen : deux faces d'un monde dans lequel l'humain n'a plus vraiment sa place.

Rédigé par pierreAfeu

Publié dans #Bons coups

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PierreAfeu 18/01/2008 15:36

Euh non, je ne la connais pas… Peut-être en allant sur la fiche d'Allociné.

Aurélie 18/01/2008 15:21

bonjour ! je suis à la recherche du titre de la chanson que l'on entend en fond sonore dans la bande annonce de I'ts a free world... Est ce que par hasard vous la connaitriez? merci !

Fritzlangueur 15/01/2008 14:46

Certes le film met en relief les travers de notre société, plus encore, le choix de l'individu à aller aux extrêmes pour son propre confort... La morale dans le film est tout sauf sauve... En ce sens, Loach dénie la démonstration