Into the wild

Publié le 28 Janvier 2008



Film initiatique, qui reprend à son compte les grands questionnements liant l'homme à l'homme, à la société et à la nature, Into the wild atteint un niveau d'émotion intense. De Chateaubriand à Kerouac en passant par Rousseau ou London, nombreux sont ceux qui, avant Sean Penn, on plongé l'homme dans la nature pour mieux le connaître. En suivant le parcours de Chris McCandless, il nous livre un film universel et presque intemporel.

Chris est un jeune utopiste, forcément radical, qui a le mérite de se confronter physiquement à ses idéaux. Il y a un peu de chacun de nous en lui, pour peu qu'on soit un minimum critique envers la société qu'on nous impose. Il y a en chacun de nous le rêve de tout quitter pour partir. Mais tout cela reste bien souvent à l'état de fantasme, tant il est difficile de s'exclure volontairement de la pieuvre que nous nourrissons, et dont nous suçons les résidus. Sean Penn prend le récit à bras le corps et nous lie d'emblée au destin de Chris. Sans juger, il nous invite à l'accompagner aux travers des rites de passage qu'il s'impose à lui-même. Il ne nous demande pas d'adhérer, juste de comprendre, faisant appel à l'adolescent qui sommeille toujours en nous : pur, rebelle, intransigeant et inadapté.

Utilisant une large palette du vocabulaire cinématographique, tant visuel que scénaristique, Sean Penn adapte sa narration à chaque étape du parcours de Chris. Le film est visuellement très beau. Mais pas seulement, comme on le lit beaucoup, lorsqu'il montre la nature. Gros plans sur les visages, et surtout sur les regards, images arrêtées des bas-quartiers de Los Angeles, textes en surimpression, split screen, amples mouvements de grues ou vues d'hélicoptère, tout se conjugue pour donner à ce film profond, le souffle dont il se nourrit. La question n'est pas de savoir si Chris a raison ou tort, si Penn nous fait la leçon ou pas. Le film n'est jamais didactique. Chris a décidé d'aller jusqu'au bout, de ne pas se lier tout en profitant de chaque rencontre qu'il fait. On devine qu'il veut vivre l'expérience pour mieux revenir, pour que ses parents comprennent qu'il n'est pas le clone qu'ils ont voulu qu'il soit. Le qualifier de naïf n'est donc pas une insulte d'adulte raisonnable, mais une simple évidence. Il vit un pur trip adolescent.

Emile Hirsch s'est totalement emparé du personnage pour le faire sien. Omniprésent, séduisant, léger, profond, courageux, maladroit, il impose l'empathie sans laquelle un tel récit ne peut atteindre son but. Les seconds rôles sont tout aussi riches et puissants, William Hurt et la toujours très belle Catherine Keener en tête. Sean Penn s'est totalement effacé pour se mettre à la disposition d'une histoire édifiante et hautement symbolique, l'histoire d'un homme qui veut grandir, l'histoire de tous les hommes. L'émotion ne nous quitte pas. La longueur n'est pas un frein, bien au contraire. Elle nous permet de prendre toute la mesure de ce récit dense, profond et généreux. Un grand film.

Rédigé par pierreAfeu

Publié dans #Coups de coeur

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Shin 27/02/2008 14:56

Into the WildBonjour,

Sean Penn m'a également enthousiasmé avec ce film aussi bouleversant qu'intelligent !

On n'aurait plus craindre une morale du genre "la société elle a que des problèmes, la société elle a mauvaise haleine", mais Sean Penn est bien trop malin pour ça et nous surprend agréablement.

Un vrai grand film.

Amicalement,

Shin.

tyler 26/02/2008 14:19

une fresque hamaniste telle qu'on en avait pas vues depuis trop longtemps...merci sean penn et emile hirsch

Chris666 08/02/2008 16:25

100 % d'accord. Le premier très grand film de 2008.

jade 08/02/2008 16:03

Comme tu dis, dense, profond, riche que cette expérience de Chris qui se cherche dans la solitude et cette épreuve extrème .Je n'ai pas vu le temps passer.C'est beau, fort en émotions et régénérant malgré la fin tragique.

Snifff 29/01/2008 10:40

Très belle critique pour un film qui ne l'est pas moins.