Était-ce bien utile ? Voilà la question qu'on se pose en sortant du dernier film de Leos Carax. L'artiste maudit du cinéma français nous a toujours proposé un cinéma narcissique, dont les partis pris visuels cachaient souvent la faiblesse du propos. Il ne déroge pas ici à la règle, même s'il semble qu'il ait décidé de s'ouvrir davantage en parlant moins directement de lui. Quoi que.
Holy motors est un film à sketches dont la trame "narrative", en tout cas le fil rouge, tient dans une limousine. Sur une même journée, un acteur endosse différents rôles, autant de "rendez-vous" qui lui donneront l'occasion de jouer l'émotion, la provocation, l'action ou l'érection. Drôle d'idée que voilà, comme sortie du brain storming laborieux d'étudiants en cinéma. Raconter la journée d'un acteur obligé de jouer sans voir les caméras, voilà donc le sujet. On a envie de dire "Super !", "Trop génial !", mais surtout : on s'en fout de ton sujet à la con, ça n'a aucun intérêt.
Mais comme Carax maîtrise mieux que quiconque l'art de la branlette (Holy motors donnant même naissance au nouvel adage "Quand Carax se branle, Lavant bande"), il réussit quelques jolies choses, essentiellement muettes et visuelles, apportant un peu de grâce à la lourdeur de certains propos. Il en est ainsi de l'enlèvement d'Eva Mendès (après la grotesque caricature d'un photographe) ou de la chanson (signée Neil Hannon) d'une charmante Kylie Minogue. Finalement c'est ça : Carax devrait se contenter de faire des clips. Parce que lorsqu'il s'essaye au dialogue, c'est une catastrophe : la scène père-fille dans la voiture est aussi mauvaise dans le fond que dans le jeu, celle du type sur son lit de mort, chiante à souhait, sans parler du ridicule dialogue de limousines à la fin.
À l'image du film, Denis Lavant, loin d'être exceptionnel, est aussi bon dans la gestuelle qu'il est balourd dans les dialogues. Au mieux apporte-t-il son expérience de la scène à ce film finalement très théâtral et totalement artificiel. C'est d'ailleurs là la clé du problème : Holy motors (que certains ont cru surréaliste) est beaucoup trop pensé, beaucoup trop autocentré pour qu'il y respire la moindre once d'émotion ou de sincérité. Se regardant vivre comme Carax se regarde filmer, Holy motors et ses références appuyées (le masque de la dernière scène d'Edith Scob, grands dieux...) tourne à vide sur presque deux heures avec un sujet de court-métrage. Qu'il n'ait rien obtenu à Cannes est tout de même rassurant.
