La graine et le mulet

Publié le 24 Décembre 2007

Comme l'an dernier avec le magnifique Lady Chatterley de Pascale Ferran, il nous a fallu attendre la fin de l'année pour que le cinéma français nous offre enfin un grand film. Parce que jusqu'ici, outre le très beau Persépolis, le paysage cinématographique hexagonal était bien faiblard... La graine et le mulet atteint la grâce, c'est un vrai film populaire et profond.

Les plus beaux des films sont toujours les plus simples. La réussite d'Abdellatif Kechiche est de rendre universelle une histoire de famille que certains auraient hâtivement rangée dans la case "immigration et banlieues". Entre Slimane le silencieux et Rym la bavarde, la famille dont on partage quelques moments de vie, pourrait tout aussi bien être la nôtre. Un montage dynamique, des plans toujours en mouvements, des comédiennes et des comédiens éblouissants de vérité, un récit tendu et plein de suspens, des scènes brutes comme un fruit que l'on presse pour en obtenir l'essence, tels sont les ingrédients d'un film dont la réussite est une évidence. Pas un plan de trop, aucune longueur, mais une émotion riche et constante : nous sommes avec ces femmes combatives et drôles, avec ces hommes fantasques et fragiles.

On pense à Capra, à de Sica, à Pialat, mais c'est bien la France d'aujourd'hui que Kechiche nous donne à voir. Sans aucun didactisme, sans aucune lourdeur, La graine et le mulet nous parle des "pères" (les travailleurs immigrés des années 60), de leurs femmes, de leurs enfants, mais aussi d'une réalité sociale que nous connaissons tous. On est loin des clichés, on est dans la vérité. L'ampathie est telle qu'outre l'envie folle de dévorer un couscous de poisson, on rêve de les connaître tous, de s'asseoir à table avec eux. On partage les joies, les douleurs, les ressentiments. On ressent l'humiliation, la colère et l'envie de vivre. On rit beaucoup, on a souvent les larmes aux yeux, mais ce n'est jamais artificiel. Rarement un film aura atteint la grâce à ce point.

Lorsque pour finir, on voit Slimane condamné à courir derrière un cyclomoteur fantôme et Rym entamer une danse du ventre guerrière, on se dit que décidement Aragon avait raison : "la femme est l'avenir de l'homme"...



Rédigé par pierreAfeu

Publié dans #Coups de coeur

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