Entre les murs

Publié le 29 Septembre 2008



L'école est tout autant lieu de savoir que lieu de conflit. Et le collège plus encore. Lieu de passage entre l'enfance et le no man's land qui mènera au monde adulte, il est le cadre de tous les possibles.

Alors qu'on aurait pu s'attendre à un pseudo documentaire, sorte de cinéma vérité utilisant les tics du reportage (celui qui justement, à la télévision, s'approprie souvent un langage cinématographique qu'il ne maîtrise pas), le film de Cantet s'impose d'emblée comme une véritable oeuvre cinématographique. Le cadre est serré, le découpage habile, le hors-champ présent. Fort de cette légitimité, il déjoue tous les à priori.

Aux profs qui craignent qu'il ne leur donne pas le beau rôle, il montre des êtres humains, dont le boulot est d'être prof. Aux fustigeurs professionnels de l'éducation nationale, il montre des adolescents tels qu'ils sont, frondeurs, attachants, insupportables, contradictoires. Aux anti-jeunes radicaux, il dresse le portrait de collégiens fragiles qui jugent leur vie sans intérêt.

Ce film n'est pas un film sur l'éducation, ni sur la jeunesse. Ce film est le portrait scénarisé de la relation entre un prof et l'une de ses classes. Il y est donc forcément question d'éducation et de jeunesse, mais pas seulement. Il y est aussi question de l'image que l'on donne de soi, de sa manière d'être au milieu des autres, des failles que l'altérité met à jour. Mais aussi d'impuissance. Certains reprochent à Cantet de simplement montrer sans jamais proposer. Mais en montrant les limites humaines, mais aussi administratives d'un système, il suscite le débat. Et c'est beaucoup plus efficace qu'un pensum orienté.

Ajoutons à cela une richesse d'interprétation qui fait écho au cinéma de kechiche, une implication dénuée de tout narcissisme de Bégaudeau, un scénario et une maîtrise cinématographique qui rendent passionnante cette plongée en apnée dans l'année d'une classe de 4ème, et l'on peut dire qu'à nouveau, Cantet nous montre qu'il possède un sacré talent.

Rédigé par pierreAfeu

Publié dans #Bons coups

Repost 0
Commenter cet article

tetedemort 01/11/2008 17:42

okayyySalut l'ami
Ok avec ta critique, sauf concernant Bégaudeau. Cet homme-là m'irrite déjà vaguement. Je ne sais pas pourquoi. Son narcissisme comme dit Chriss au-dessus ?
je crois que c'est ça. A plouche ! ciao

Chris666 12/10/2008 14:13

Je suis d'accord avec ton analyse qui recoupe la mienne a une exception près : je trouve que Bégaudeau est très narcissique, mais ca ne nuit pas au film.

Jérémy 04/10/2008 22:40

Excellente analyse pour un très bon film, sincère, tout en justesse et émotions.

ffred 01/10/2008 20:16

Un vrai coup de coeur alors que je partais pour détester. Une palme méritée. Bravo à Laurent Cantet. Cap sur l'Oscar...