The Dark Knight, Le Chevalier Noir

Publié le 25 Août 2008



L'intérêt des histoires de super héros réside dans le télescopage entre ce qui est admis comme réel, et le fantasme. Il y a le monde des gens "normaux" et celui du super héros, bien souvent justicier, qu'il possède en lui de super pouvoirs ou qu'il se les fabrique. On a donc Superman et Spiderman d'un côté, Iron Man et Batman de l'autre (pour ne citer qu'eux). La plupart des films les mettant en scène ne s'intéressent pas, ou peu, à ce rapport fantasmé à la réalité. Dans les deux premiers Spiderman, Sam Raimi avait plutôt bien abordé le sujet avant de tout saborder dans le calamiteux n°3.

Pour Batman begins, Christopher Nolan avait délibérément choisi un point de vue "réaliste", replaçant Bruce Wayne dans le conflit qui l'habite et le lent cheminement l'amenant à devenir Batman. C'est sur cette même orientation qu'il aborde la suite. Aussi nous offre-t-il d'avantage un thriller apocalyptique qu'un comics movie bourré d'effets spéciaux. Effets bénéfiques : tous les personnages ont une relative épaisseur et la narration est plutôt fluide. Effets négatifs : en devenant presque normal (il parle aux flics, rencontre le nouveau procureur, c'est tout juste s'il ne va pas au bistrot), en devenant une figure familière de tout habitant de Gotham City, il perd de son mystère et n'offre plus matière à fantasme.

A bien y regarder, il se fait même voler la vedette par le Joker : c'est le Joker et ses cicatrices, ses peintures de clown, sa noirceur extrême et son goût du jeu, qui devient objet de fantasme. L'interprétation hors du commun d'Heath Ledger lui apporte une force qui déclasse Batman/Wayne en second rôle. Et pourtant Christian Bale est comme toujours impeccable. Idem pour le reste du casting, avec notamment une Maggie Gyllenhaal bien plus convaincante que la fadasse Katie Holmes et un Aaron Eckhart impressionnant.

Il n'empêche que le film de Nolan n'atteint pas les sommets espérés malgré une mise en scène efficace et rigoureuse. C'est la mise en scène d'un type qui fait très bien son boulot, mais elle n'a rien de personnel. On a droit aux sempiternels et assommants dialogues sur le bien et le mal, mais heureusement pas trop, ce qui nous évite d'en rajouter à un film déjà trop long et duquel notre esprit s'échappe de temps à autre.

On est donc en droit de préférer la vision burlesque, grandiloquente, et pour le coup totalement fantasmée de Tim Burton, n'en déplaise aux puristes...


Rédigé par pierreAfeu

Publié dans #Coups moyens

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Fritzlangueur 17/10/2008 16:57

Burton n' pas eu la prétention de s'approprier "Batman", il l'a simplement mis en image en respectant scrupuleusement les codes du comics, avec le talent qu'on lui connaît en plus. Nolan à l'inverse pulvérise le héros au point d'être inexistant, au profit d'un grand spectacle qui a ses qualités, mais est comlétement stérile.

Maxime 17/10/2008 00:37

Merci !Salut, et tout d'abord merci de ta visite sur mon blog. Vu que je commence sur allociné et qu'il me faut un temps d'adaptation, le premier commentaire fait tj plaisir, surtout quand il est constructif par rapport à mon article. D'ailleurs, pour en revenir à celui-ci, il est vrai que la musique est également une pure question de goût et que l'appréciation génarale d'un film peut dépendre d'elle.
Maintenant, je diverge sur certains point à propos de The Dark Knight. Personnelement, j'ai adoré ce côté réaliste, fidèle aux comics signés Miller ou les plus anciens de Kane. Je trouve le film d'une intensité extrème et au contraire, je trouve que Nolan s'est surpassé dans la réalisation. Certaines scènes sont même assez innovantes dans la façon de filmer. Je pense entre autre à la scène finale du joker, pendu dans les airs, et qui est filmé de manière astucieuse, à l'envers. Et pour ce qui est du message du film, je pense qu'il faut voir plus loin qu'un simple discours sur le bien et le mal, mais plutôt comme un message raisonnant sur le poids de nos actes, nos choix, comment ces actes seront perçus, compris par les autres. La mentalité du film, qui tourne autour du personnage de Dent que le joker tentera de pervertir, est géniale. Prendre le meilleur et trouver sa faille. La peur causée par les actes de terrorisme du joker renvoie étrangement à notre actualité de ces dernières années, cette sorte de panique, de psychose qu'on désormais les gens. C'est en quelque sorte un reflet "Batmanien" de notre monde que Nolan nous a fait là :-) Enfin voilà, chacun son point de vue et tu l'aura compri, le mien décerne 4 étoiles à ce film ! ;-)
A bientot

Max'

Ashtray-girl7 28/08/2008 13:59

Ne demeure-t-il pas une part de fantasme dans ce justicier de l'ombre, citoyen (presque) ordinaire qui prend les problèmes à bras le corps et décide de faire justice (presque) seul? Batman reste un symbole, proche du réel certes, mais du domaine du fantasme quand même puisque ce genre de guerrier moderne n'existe que dans l'imaginaire collectif... Alors oui, le fantasme se fait moins onirique que dans Spiderman ou Superman, mais il reste une idée irréalisable.

diane_selwyn 25/08/2008 12:31

Au contraire, j'ai trouvé la mise en scène très personnelle, autant que pouvait l'être la version de Burton d'ailleurs, on sent- dans chacune de ces oeuvres- la patte d'un auteur. Mais je suis d'accord avec toi pour Maggie Gyllenhaal, elle est juste un millier de fois meilleure que Katie Holmes! A+