Un conte de Noël

Publié le 24 Mai 2008



Dès les premières images, on est frappé par la maîtrise de Desplechin. Son film commence comme une farce et l'on devine qu'il s'achemine vers quelque-chose de plus sombre, ou peut-être de plus sourd. La famille qu'il nous présente est éclatée, au premier sens du terme, presque frappée par une malédiction dont elle semble s'accommoder vaille que vaille. On songe alors au sublime Providence de Resnais : même maîtrise, mêmes vacheries familiales, même regard ironique sur la mort. A voir Junon et Abel établir des statistiques sur son espérance de vie à elle, on espère que Desplechin nous entraînera aussi loin.

Mais une mise en scène magistrale, un montage habile, des dialogues intelligents ne suffisent pas à faire naître l'émotion. On reste sur le bord, étranger à cette famille qui ne nous parle pas, dont on ne comprend pas tous les mystères. Et pourtant rien n'est raté, tout fonctionne. Les acteurs sont tous excellents, les duos Deneuve-Amalric sont touchants dans leur complicité vacharde, tout comme le jeune Emile Berling, Chiara Mastroianni ou Emmanuelle Devos. Mais la plupart du temps l'émotion ne passe pas.

Tout cela est-il trop cérébral ? Faut-il être sensible au destin des familles bancales pour être touché ? Le film de Desplechin serait-il atteint du même syndrome que le dernier des frères Coen : trop de maîtrise tuerait-il l'émotion ?

Je suis déçu et déçu de l'être. Desplechin est certainement l'un des plus brillants metteurs en scène français. J'avais été très touché par La vie des morts, La sentinelle, et Comment je me suis disputé, j'étais un peu resté sur ma faim avec Rois et Reine (pas vu Esther Kahn), et me voilà laissé de côté par Un conte de Noël. C'est un sentiment désagréable quand on estime à ce point le travail d'un artiste. Les 2 étoiles sont supérieures aux 2 étoiles de beaucoup d'autres films. Mais je ne pouvais pas en mettre 3 non plus...



Rédigé par pierreAfeu

Publié dans #Coups moyens

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PierreAfeu 27/05/2008 09:53

Loin de moi l'idée de voir la réalisation de Desplechin comme une démonstration prétentieuse. Elle est effectivement magistrale à tous points de vue. Mon problème n'est pas là...

Snifff 26/05/2008 18:49

La liberté formelle que s'autorise Desplechin me touche au plus haut point car elle est loin d'être une simple démonstration prétentieuse. Sa mise en scène est totalement au service d'un scénario d'une densité incroyable, d'une richesse autant dans le fond que dans la forme. C'est un film très littéraire, très intello et cérébral il est vrai mais qui personnellement m'a bluffé, m'a touché au plus profond. A mon avis, le film mérite d'être revu encore et encore pour être compris et apprécié pleinement.

al111 25/05/2008 19:09

Question émotion artistique, je peux dire qu'avec un conte de Noël, j'ai été servi. Pas simplement touché, complètement bluffé.

pierreAfeu 25/05/2008 14:39

Réduire l'émotion aux serrements de coeur et aux larmes est un peu... réducteur. J'entends l'émotion au sens large. Etre touché par un tableau, un morceau de musique, par exemple, est ce qu'on appelle "l'émotion artistique". C'est cela que j'évoque.

ffred 25/05/2008 02:23

Non moi j'ai adhéré totalement. Le film français de l'année !!! (pour l'instant !)... J'avais détesté Rois et reine mais celui là est le chef d'oeuvre de Desplechin. Rien à dire, que magique, passionnant, émouvant...Un grand coup dans le coeur...