18e Festival des Utopiales

Publié le 5 Novembre 2017

18e Festival des Utopiales

Le temps, vaste thème de la 18e édition du Festival International de Science-Fiction de Nantes*, couvre une sélection cinéma mêlant rétrospective et compétition dans une même boucle temporelle. Aux mains du bien nommé Frédéric Temps (L'Étrange Festival), la programmation explore perceptions diverses, télescopages et immortalité en offrant au festivalier de quoi se perdre pour mieux se retrouver.

Joyau parmi les joyaux, histoire de malédiction, d'abandon et d'amour fou, Pandora d'Albert Lewin mêle corps et esprit dans un récit puissant et profondément charnel bien que résolument chaste. La mise en scène magnifiée par la photographie de Jack Cardiff souligne la dimension mythologique de chaque personnage par une admirable composition des cadres et de régulières contre-plongées les plaçant dans un temps narratif moins humain que divin. Quand le grec profil de James Mason se découpe sur le ciel bleu, la figure mythique d'une Ava Gardner belle à se damner remet toutes les pendules à l'heure.

18e Festival des Utopiales

Combinant mémoire et fantasme dans un flux non narratif, L'année dernière à Marienbad ouvre mille portes sans les refermer. Alain Resnais met en images le texte radicalement daté d'Alain Robbe-Grillet et joue avec décors baroques et jardins structurés à la recherche de la silhouette gracile de l'insaisissable Delphine Seyrig. Nul doute que le film aura marqué quantité de cinéastes, David Lynch en tête dont l'enivrant Mulholland Drive, également projeté, dérègle et reconstruit une temporalité narrative qui se nourrit d'elle-même.

Autre incontournable, La jetée de Chris Marker impose une modernité de forme et une puissance de fond qui conjuguent le souvenir, l'imaginaire et les sensations dans un mouvement créé, porté et révélé par le montage.

18e Festival des Utopiales

En marge d'un cours du soir lui étant consacré, L'homme qui venait d'ailleurs et Les prédateurs replacent l'acteur Bowie en perspective d'un mythe qu'il aura moins construit et contrôlé que les analystes le prétendent. Ici, l'extra-terrestre et le vampire, figures abondamment et trop facilement utilisées pour le qualifier, semblent se renvoyer la balle quand le premier expérimente l'immortalité et le second la perd. Autres expériences physiques et mentales, Le portrait de Dorian Gray (deuxième film d'Albert Lewin proposé), Eternal sunshine of the spotless mind, Alice au pays des merveilles (rare version de 1949 présentée en parallèle de celle de Disney), Perfect blue, Bandits Bandits (réjouissante couillonnade de Terry Gilliam), L'effet papillon, le vite vain Triangle, le déceptif The box ou le soporifique The fountain, explorent chacun à sa manière les chemins sinueux liant fantasmes, perception et conscience du temps.

18e Festival des Utopiales

Le temps s'inscrivant de fait dans tout procédé narratif, les neuf longs métrages de la Compétition Internationale ne s'éloignent jamais de la thématique de cette édition. Grand vainqueur pour le Jury comme pour le Public (le film remporte les deux Prix), Salyut 7 de Dmitry Kiselev et Klim Shipenko part d'un fait réel pour construire un récit d'aventure dont l'immersion visuelle rappelle évidemment Gravity (désormais référence en la matière). Ce cousin russe manifestement très documenté se déroulant en toute fin de guerre froide, également projeté au Festival International du Film de La Roche-sur-Yon, s'avère d'une implacable efficacité. L'autre film primé par le Jury, Cold Skin de Xavier Gens, convoque monstres lovecraftiens et aventure humaine dans un récit romantique parfaitement rythmé dont le classicisme assumé et la maîtrise constituent la belle surprise du festival.

18e Festival des Utopiales

Peu reste à dire sur les autres films de la sélection vus, tous moyennement aboutis, du beau formellement mais claquemuré dans son carcan vintage Le démon de Laplace de Giordano Giulivi, au sympathiquement foutraque mais vite lassant Jojo's bizarre adventure Chapt.1 de Takashi Miike, en passant par l'intéressant mais laborieux Black hollow cage de Sadrac Gonzalez-Perellon (dont le principal intérêt réside dans la superbe villa qui lui sert de décors) jusqu'au lourdingue et très appuyé A day du coréen Sun-ho Cho.

Quelles que soient les découvertes, les surprises, les relectures ou les déceptions, cette année confirme à nouveau la qualité d'un Festival qui n'a plus rien à prouver.

*Le Festival des Utopiales n'est pas une manifestation cinématographique mais une rencontre autour de la science fiction, la plus importante d'Europe, abordant toutes les formes d'expression, littérature, bande dessinée, jeu, cinéma, autour d'une thématique différente chaque année. De multiples rencontres, conférences, débats, font se croiser scientifiques, créateurs et amateurs dans un même lieu, la Cité des Congrès de Nantes, conçue par l'architecte Yves Lion en 1992 (réalisation qui lui a valu d'être finaliste de l'Équerre d'Argent et du Prix de la Fondation Mies van der Rohe).

Rédigé par Pierre Guiho

Publié dans #Festivals

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