Song to song

Publié le 24 Juillet 2017

Song to song

Les constructions post-modernes dans lesquelles les personnages évoluent le plus souvent illustrent ce qu'est devenu le cinéma de Malick : un art bourgeois désincarné oscillant entre le ridicule et l'obscène.

Song to song possède tous les travers de Knight of cups : une trame de roman Harlequin (cucuteries amoureuses, pensées à deux balles, personnages inexistants) qu'une mise en scène maniérée dilue dans le sirop (affèteries formelles en tous genres allant du très grand angle aux nombreux plans de biais filmant d'innombrables fonds d'écran, voix off exprimant des pensées vides, zapping musical "un plan, une ambiance"...).

Pourtant, le premier tiers du film se voit miraculeusement sauvé par son casting. Michael Fassbender, Ryan Gosling et Rooney Mara réussissent à donner corps à des personnages fades lors de quelques scènes plutôt réussies. Mais cela ne dure pas et Song to song plonge dans les abysses.

Prétendant se dérouler dans le milieu de la musique, le film s'installe parfois backstage afin de légitimer la profondeur artistique supposée des personnages. La narration n'en dira pas davantage, trop occupée sans doute à sa vautrer dans l'opulence, convoquant malgré tout d'improbables guest stars, Iggy Pop ou Patti Smith... dont la vie et l'œuvre se trouvent à mille lieux de l'aseptisé clip de Malick.

S'il se limitait à dérouler son story-board publicitaire, Song to song se contenterait d'être ridicule. Mais le final abject (définition d'une "vie simple") et surtout le machisme latent (scènes saphiques obscènes) rendent l'ensemble particulièrement déplaisant. Draguées, soutenues ou contraintes à coucher ensemble, les femmes ne semblent posséder aucun libre arbitre. À l'image des show-rooms mis en place par les stylistes, elles ont juste à se placer dans le décor et montrer leur beauté.

Alors que le trio amoureux constitue le cœur du film (au moins dans sa première partie), Malick se montre incapable du moindre érotisme. Filmant trois comédiens particulièrement séduisants, il ne réussit jamais à rendre leurs étreintes sensuelles. Désincarnée, exsangue et froide, sa mise en scène ne produit rien, aucune émotion esthétique, aucun émoi.

Comment l'auteur du Nouveau monde a-t-il pu en arriver là ?

Rédigé par Pierre Guiho

Publié dans #Sales coups

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