Ava

Publié le 25 Juin 2017

Ava

Le premier plan capte immédiatement l'attention. Est-ce dû aux couleurs magnifiées par le 35mm, à la composition de la scène, à la plongée immédiate dans une ambiance singulièrement étrange alors qu'étrangement familière ? La séquence qui suit sonne comme une promesse qui ne sera qu'en partie tenue.

Puisqu'Ava va perdre la vue, puisqu'Ava n'a que treize ans, et puisque c'est un premier long métrage, le sentiment d'urgence habite le film avec la volonté d'en découdre. Alors que l'adolescente intrépide (de nature rebelle, ça se devine) expérimente, se confronte à ses peurs tout en se débattant avec ses cauchemars, pousse le bouchon toujours plus loin, Léa Mysius travaille pour la première fois sur la durée. La conjugaison de toutes ces énergies donne naissance à de nombreuses scènes vives et pleines de fougue. Mais lorsque l'alchimie ne fonctionne pas, le tempo défaille et le rythme tombe.

Si la narration se joue habilement d'une situation de départ assez basique, elle finit par s'essouffler dans une dernière partie plus laborieuse, perdant partiellement le bénéfice de ses audaces. Ainsi, le complot final, l'interminable mariage et la conclusion un peu molle viennent plomber un film par ailleurs gentiment impertinent et vaillamment borderline.

Le personnage de la mère, certes à la limite de la caricature, permet à Ava de ne pas vraiment se prendre au sérieux et cela s'avère fort salutaire. L'histoire centrale, celle du lien se tissant entre Ava et Juan, réserve les scènes les plus réussies, notamment dans une représentation très animale de la séduction. En plein apprentissage et pressée par le temps, la jeune fille brûle les étapes et accélère le pas pour gagner la course qui l'oppose à la cécité en devenir : il s'agit d'emmagasiner des images, de les garder en mémoire, de vivre un premier amour hors du commun.

Il convient alors d'oublier les maladresses et les chutes de tension pour se laisser porter par la belle partition de Florencia Di Concilio et l'infaillible conviction d'une jeune comédienne à suivre, Noée Abita. Léa Mysius réalise un premier long métrage certes bancal mais jamais roublard, toujours partant, un film modeste mais combatif.

Rédigé par Pierre Guiho

Publié dans #Assez bons coups

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Chris 25/06/2017 22:19

Je partage parfaitement ton avis !