CinéPride 2017

Publié le 15 Mai 2017

CinéPride 2017

L'édition 2017 du Festival de Cinéma LGBT de Nantes s'est tenue sous le signe de l'économie. En 2016, la nouvelle majorité du Conseil Régional des Pays de la Loire avait retiré sa subvention au dernier moment mettant alors la manifestation en péril. Le prétexte évoqué masquait difficilement l'identité ouvertement homophobe du nouvel exécutif. Le Département et les Mairies de Nantes et Rezé sont alors intervenus pour préserver le budget du festival. En 2017 il n'y a plus urgence et les bénévoles ont dû composer avec des finances resserrées. Quoi qu'il en soit, cette quatorzième édition a pu proposer sur presque une semaine un large choix de films de fiction et de documentaires en format long ou court.

Afin d'inscrire la manifestation dans l'histoire du cinéma LGBT, deux films dits "du patrimoine" étaient proposés, Priscilla folle du désert de Stephen Elliot et surtout Soudain l'été dernier de Joseph L. Mankiewicz, film incroyable et mythique scénarisé par Gore Vidal d'après la pièce de Tennesse Williams et dans lequel, outre la divine Katharine Hepburn et le hiératique Montgomery Clift, Elizabeth Taylor livre une performance inoubliable.

Parmi les films de fiction, les beaux Jours de France de Jérôme Reybaud (critique) et Les initiés de John Trengove dominaient une sélection disparate mais équilibrée. Mêlant rites initiatiques ancestraux et homosexualité clandestine, John Trengove construit un récit de regards croisés dans lequel mensonges, soumission et rébellion interrogent sur la masculinité et l'estime de soi. Soutenu par une mise en scène nerveuse et une interprétation sensible, ce premier long métrage venu d'Afrique du Sud impressionne par sa densité et sa maîtrise. Les initiés révèle doublement un cinéaste et un acteur, Nakhane Touré qui est également musicien et chanteur.

Chanson extraite de la BO de JOURS DE FRANCE avec le délicieux Mathieu Chevé

Nakhane Touré, interprète principal du film LES INITIÉS

Ein weg (le chemin) de Chris Miera trace sur la durée l'histoire d'un couple. Anti-spectaculaire, ce long métrage capte le quotidien de Martin et Andreas et la manière dont le lien amoureux évolue au fil des années. Le scénario précis et la construction habile dressent le portrait de deux hommes qui s'aiment, vivent et s'interrogent. Le parti pris prend parfois le risque de flirter avec la banalité et donne à l'ensemble une tonalité manquant souvent de relief, mais la rigueur narrative et l'humilité du projet l'emportent. Un film juste et touchant.

Rara de Pepa San Martín, chronique familiale plutôt juste sur le divorce et ses dommages collatéraux n'est originale que parce qu'elle met en scène un couple de femmes. Bien interprété mais réalisé sans relief, ce film chilien ne marquera pas les esprits. Take me for a ride de Micaela Rueda s'avère plus intéressant par son parti pris esthétique (lumière naturelle souvent surexposée) que par son intrigue. La narration assez plate ne révèle jamais le feu que l'amour naissant entre deux jeunes filles devrait libérer.

Apricot groves de Pouria Heidary Oureh suit le parcours d'un jeune trans et de son frère entre l'Arménie et l'Iran. Traditions et modernité s'y confrontent dans un récit imparfait mais délicat et profond. Le film était précédé du court-métrage Nasser de Melissa Martens, sorte de conte contemporain sur le parcours d'une jeune fille se vivant garçon.

Aux deux tiers de son histoire, One kiss d'Ivan Cotroneo se tire littéralement une balle dans le pied en sacrifiant l'un de ses trois personnages dans un revirement scénaristique impossible venant ruiner tout ce qu'il avait construit jusque-là. Alors qu'on naviguait avec un réel plaisir dans les eaux contrastées d'un teen-movie pop sur l'amitié et le droit à la différence (n'évitant pas cependant quelques facilités - chacun des trois héros souffrant d'un trauma plutôt balèze... d'où leur rapprochement, ben oui), le récit use des pires clichés pour plonger tête baissée dans un dénouement dramatique aussi débile qu'improbable. La colère gagne et l'épilogue placebo ne vient pas l'atténuer.

Belle programmation de documentaire avec notamment Kiki de Sara Jordenö qui part à la découverte de la scène voguing de la communauté LGBTQ noire et latina de New-York. Témoignages, scènes de ballrooms et quotidien des "Houses" éclairent sur les luttes, les espoirs et le choix de vie en communauté d'exclus de la normalité. Intéressant dans le fond et stylé dans la forme, le film frustre en relayant l'art singulier du voguing au second plan, au bénéfice d'un sentiment de déjà-vu sur les parcours des uns et des autres. Après la projection, un échange avec Lasseindra Ninja, figure du voguing parisien, a permis de placer le film en perspective, notamment sur le fonctionnement des "Houses".

Chemsex de William Fairman et Max Gogarty, est un documentaire édifiant produit par Vice sur la pratique du "sexe chimique" dans le milieu gay londonien. Témoignages se succèdent pour donner à voir et à comprendre ces nouvelles pratiques sexuelles à hauts risques apparues au début des années 2010. Malgré le côté trash habituel des productions Vice (un peu trop d'images gratuites et une mise en scène voyeuriste du désespoir) le film dresse un portrait assez flippant d'une minorité s'autodétruisant avec frénésie. La projection fut suivie d'une discussion avec des représentants de l'association AIDES.

Projeté avant le film Take me for a ride, le très beau court métrage documentaire The son I never had : growing up intersex de Pidgeon Pagonis s'avère aussi passionnant dans sa forme très graphique que dans son sujet autobiographique. Revenant sur son parcours singulier, l'artiste aborde la question intersexe avec passion et pédagogie..

Rédigé par Pierre Guiho

Publié dans #Festivals

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