Nocturnal animals

Publié le 9 Janvier 2017

Nocturnal animals

Dans son premier long métrage, A single man, Tom Ford avait réussi à restituer la modernité des années 60 tout en nourrissant son récit d'une émotion et d'une mélancolie profondes. Nocturnal animals ne lui ressemble malheureusement pas. L'esthétique y est tristement contemporaine et l'émotion absente.

Dans les années 90, le thriller était en vogue. Du plus mainstream au plus brillant, de La main sur le berceau à Basic instinct, le genre a marqué la décennie en mêlant habilement romanesque et perversion dans des histoires impossibles aux intrigues tortueuses. Pas vraiment passé de mode mais transformé et lissé, le thriller des années 2010 est devenu un produit haut de gamme à la machinerie parfaitement huilée. Y sont narrées des histoires faussement complexes aux lourds secrets dont le parti pris formel gomme toute aspérité. C'est ce que fait Fincher avec Gone girl, Soderbergh avec Effets secondaires ou Boyle avec Trance. C'est aussi ce que propose Tom Ford avec Nocturnal animals.

Dès lors qu'après une longue introduction et l'interminable scène fondatrice (artificielle et mal rythmée), le spectateur comprend de quoi il retourne, le film s'articule autour des deux récits qu'il mène en parallèle avec un tempo régulier et une totale absence de surprise. Tout cela est calibré, ripoliné et construit de telle manière que même les comédiens (pourtant tous bons) semblent en pilotage automatique.

Le fond est quant à lui d'une grande pauvreté narrative, le film dans le film déroulant une trame convenue quand le récit premier ne peut que rester en surface. Il aurait fallu la noirceur ironique du Friedkin de Killer Joe ou la perversion ludique du De Palma de Passion pour donner du relief à ce qui n'est, finalement, qu'un roman Harlequin. Tom Ford a beau être le styliste le plus sexy de la planète, force est de constater qu'il y a bien peu de chair dans Nocturnal animals. Il ne suffit pas de donner à voir les beaux corps nus de Jake Gyllenhaal et d'Aaron Taylor-Johnson, il se suffit pas de faire de Michael Shannon un flic texan un peu rustre, il ne suffit pas de statufier Amy Adams pour faire respirer un scénario mécanique et sans souffle.

Visuellement beau, le film ne brille pourtant pas par sa mise en scène. Il semble que Tom Ford ne sache pas filmer une conversation autrement que par de scolaires champs-contrechamps et qu'il ne réussisse pas à sortir d'une imagerie publicitaire aussi pauvre qu'un spot pour parfum. A single man et sa modernité sont bien loin quand on n'offre ici que la conjugaison coincée d'un bon goût mondialisé. Il s'agit de faire sursauter les dames et de faire naître une moue compassée aux lèvres des messieurs. La poussière du Texas n'est que poudre aux yeux, le caca d'Aaron Johnson-Taylor un happening de débutant, le sang, un cocktail au Campari. Nocturnal animals n'est ni pervers ni complexe, c'est un film anodin aux nœuds scénaristiques artificiels et à la saleté propre.

Rédigé par Pierre Guiho

Publié dans #Mauvais coups

Repost 0
Commenter cet article