Inertia

Publié le 21 Décembre 2016

Inertia

Quand Mira se réveille après un rêve étrange, son mari a disparu. Les jours qui suivent vont transformer sa vie. Impassible en apparence, anxieuse à l'intérieur, Mira traverse les soubresauts d'un quotidien chamboulé avec un flegme déconcertant.

L'inertie du titre donne à la narration un mouvement de balancier, chaque événement étant plus ou moins précédé de signes annonciateurs. C'est la mère de Mira racontant l'histoire d'une femme ayant cuisiné son mari, c'est le voisin qui dit ne servir à rien, c'est un homme amnésique... Le temps crée un glissement entre deux états proches de telle manière que Mira semble toujours plus ou moins en décalage mais à peine surprise, un peu blasée, amusée parfois.

Tourné à Haïfa, cité portuaire du nord d'Israël, le film résume la ville à quelques lieux, l'immeuble de Mira auquel on accède par une longue passerelle, la mer et le port qu'un funiculaire ou des œufs relient aux hauteurs de la ville, des routes, un bateau échoué devenu sanctuaire. De même que l'appartement de l'héroïne est découpé en plusieurs décors (la cuisine, la chambre, le salon), le tissu urbain est morcelé, des îlots sont créés, des itinéraires suggérés. Ainsi, fractionnant le temps et l'espace, le film construit un cheminement mental discontinu dont les repères sont brouillés.

Inertia

Inertia regorge de situations dont l'absurdité tient à un détail, un sourire, une phrase, un grain de sable venant contrarier l'héroïne. Alors que les questions posées sont aussi simples qu'essentielles, le calme constant de Mira est comme pris à partie par une mise en scène venant le contredire.

Le film peut sembler cynique parce qu'il est drôle et angoissant sans effets. Le cadre précis, l'écriture fine, le montage net, la superbe musique de Zoe Polanski et l'interprétation subtile de la mystérieuse et charismatique Ilanit Ben Yaakov se conjuguent pour construire un récit qui ne dit pas tout mais donne à voir. C'est en agissant tranquillement mais de manière déterminée que Mira se transforme. Il lui suffit d'un regard ou d'un geste pour que le message passe.

Idan Haguel est un jeune cinéaste qui sait être efficace en faisant court. Parfaitement maîtrisé, créant avec peu de moyens une véritable atmosphère, Inertia intrigue, séduit et enchante. Le plaisir du cinéma est précisément là.

En salles le 1er février 2017 avec Wayna Pitch

Rédigé par Pierre Guiho

Publié dans #Bons coups, #Avant première

Repost 0
Commenter cet article