22e Festival Chéries-Chéris

Publié le 10 Décembre 2016

22e Festival Chéries-Chéris

Le Festival Chéries-Chéris présente chaque année une sorte de panorama mondial du cinéma LGBT, proposant avant-premières, raretés, rétrospectives et exclusivités ainsi qu'une sélection de courts métrages. Si la question homosexuelle, bisexuelle ou transexuelle est bien évidemment au cœur de la manifestation, s'il est encore nécessaire aujourd'hui en France de faire entendre la parole LGBT, s'il est indispensable de la faire entendre dans le monde, c'est avant tout de cinéma qu'il s'agit et de cinéma que l'on parle.

En salles depuis le 30 novembre, et remportant à la fois le Grand prix Chéries-Chéris et le Prix du Public, L'Ornithologue de João Pedro Rodrigues est incontestablement le film de l'année. Plongeant le désirable Paul Hamy dans la nature, le cinéaste portugais joue des peurs et des fantasmes dans un récit d’aventure surnaturel et enivrant. La maîtrise est totale, la beauté à couper le souffle, le voyage sidérant. C'est du grand cinéma ! (critique complète)

Brothers of the night repart quant à lui avec un Prix d'interprétation collégial, ce qui est a priori surprenant pour un documentaire mais finalement parfaitement légitime tant les intervenants du film, de jeunes bulgares se prostituant dans un bar gay de Vienne, jouent avec la lumière autant qu'avec la vérité. La caméra de Patric Chiha capte les postures viriles, les airs de cador et magnifie la beauté éphémère d'une jeunesse qui est leur seule monnaie d'échange. Le film sera en salles en 2017. (critique complète)

Jours de France - Jérôme Reybaud

Jours de France - Jérôme Reybaud

La belle découverte du festival est Jours de France. Pour son premier long métrage de fiction, Jérôme Reybaud signe un road movie mélancolique dont le traitement naturaliste rend l'improbable tangible. C'est beau, absurde et poétique, profond avec légèreté, romanesque et généreux. Le film sera lui aussi en salles au printemps 2017. (critique complète)

Cinéaste libre, artiste exalté perpétuant une tradition underground dans la lignée de Derek Jarman ou John Waters, Antony Hickling propose avec son troisième long métrage, Where horses go to die, un voyage introspectif et fantasmagorique porté par un beau casting dont la charismatique Amanda Dawson et l'incroyable Manuel Blanc. Le film avance comme un collage et place sous la lumière ceux qui vivent à la marge dans une démarche pure et généreuse. (critique complète)

Couronné par le Prix du Jury, Barash de Michal Vinik est une chronique adolescente inscrite dans l'Israel d'aujourd'hui. Si la trame n'est finalement pas très originale, l'interprétation et la mise en scène rythmée donnent au film un élan salutaire. Dans un registre proche, Closet monster de Stephen Dunn, récit au déroulé classique qui n'évite pas certains clichés (dans le fond comme dans la forme), séduit pourtant par une constante justesse de ton. Solidement construit et porté par l'excellent Connor Jessup (découvert dans Blackbird), le personnage principal suscite l'empathie. À noter la délicieuse voix d'Isabella Rossellini doublant un hamster...

On retiendra également la mise en scène moderne et brillante d'Au bord de la rivière de Grant Sciclunan, thriller trouble et troublant, tandis qu'on oubliera l'improbable, pompeux et très mal joué You can't escape Lithuania de Romas Zabarauskas, sorte de road trip faussement chic et véritablement toc, tout comme l'insupportable Tomcat de Klaus Händl, drame artificiel interminable et jamais incarné.

Mala noche - Gus Van Sant

Mala noche - Gus Van Sant

Côté rétrospective, outre le beau Mala Noche, premier long métrage de Gus Van Sant, préfigurant My own private Idaho et posant les bases de l'œuvre du cinéaste de Portland, et les films de Lionel Soukaz, notamment Guy and co sur la démarche et les textes de Guy Hocquenghem, la projection des trois premiers longs métrages de Bruce LaBruce en présence de son auteur aura constitué le clou du festival.

De No skin off my ass érotisant le corps d'un jeune skinhead rencontré dans un parc à Hustler white, farce sexuelle et romantique sur le milieu de la prostitution à Los Angeles en passant par Super 8 1/2, faux documentaire à charge et à décharge sur le cinéma porno, les obsessions et l'anticonformisme de LaBruce s'expriment avec une liberté totale. Bousculant les codes dans une démarche profondément politique, queer et féministe, son travail nous rappelle combien le cinéma underground est indispensable. Ces trois films ainsi qu'un documentaire lui étant consacré viennent d'être réunis dans un beau coffret DVD. (critique complète)

> Tout sur le Festival Chéries-chéris

Rédigé par Pierre Guiho

Publié dans #Festivals

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