L'ultima spiaggia

Publié le 16 Novembre 2016

L'ultima spiaggia

Si la plage de Pedocìn à Trieste est "la dernière" d'Europe, c'est parce qu'elle possède une particularité, héritée de l'Empire Austro-Hongrois, la séparant en deux zones, l'une réservée aux hommes, l'autre aux femmes. Un mur de béton fait office de frontière dans cette ville au destin singulier, tour à tour austro-hongroise, italienne, libérée par l'armée de Tito, occupée par les forces alliées puis à nouveau italienne depuis 1954.

Des femmes et des hommes de toutes origines y ont leurs habitudes. Ils forment ensemble, et même séparés, une communauté riche et diversifiée dans laquelle chacun, se dénudant sur les galets, existe tel qu'il est. Si la séparation est physique, les échanges ont lieu, chacun représentant d'une certaine manière son groupe, celui des femmes, celui des hommes. Les agents municipaux qui gèrent le lieu et en font respecter les règles sont comme les gardiens d'un monde hors du temps.

Beaucoup sont âgés et semblent se connaître depuis des années. Les liens sont bienveillants ou taquins, les uns ayant bon caractère, d'autres moins. On devine que le veuvage est le lot de la plupart d'entre eux et la plage le lieu privilégié des rencontres, de la vie. On évoque des souvenirs, la question italienne (se sentir Italien, patriote ou nationaliste), le temps de la Yougoslavie voisine, les périodes troubles, l'actualité récente des migrants. On parle Italien, Triestin, Serbe, on arrive à s'entendre même si l'on ne se comprend pas toujours.

On parle de la mort, celle qui doit venir, celle de ceux qui sont partis. Chacun aura son heure. La plage séparée est revendiquée non comme une entrave mais comme un gage de liberté, celle d'être soi-même sans fard, sans calcul, sans jeu. Si les hommes semblent finalement plus graves, plus inquiets, les femmes sont encore tournées vers la vie, la fête, la joie de vivre.

Les réalisateurs suivent ce petit monde, captant des moments de vie, des conversations légères ou profondes, des chants joyeux, des blagues grivoises. Le film avance comme une longue soirée qui s'éternise, qu'on voudrait éternelle, portée par un temps suspendu. Et lorsqu'on s'accoude devant un Spritz Apérol ou que l'on vide la dernière goutte de Lambrusco, c'est encore la vie qui sourit.

Rédigé par Pierre Guiho

Publié dans #Bons coups, #Avant première

Repost 0
Commenter cet article

Chris 28/11/2016 19:26

Un long film qui s'éternise, je suis d'accord. Tout ce que tu dis est vrai, et n'empêche pas le film d'être ennuyeux.

Pierre Guiho 28/11/2016 19:48

Il ne l'a pas été pour moi.