17e Festival des Utopiales

Publié le 3 Novembre 2016

17e Festival des Utopiales

Le Festival des Utopiales n'est pas une manifestation cinématographique mais une rencontre autour de la science fiction, la plus importante d'Europe, abordant toutes les formes d'expression, littérature, bande dessinée, jeu, cinéma, autour d'une thématique différente chaque année. De multiples rencontres, conférences, débats, font se croiser scientifiques, créateurs et amateurs dans un même lieu, la Cité des Congrès de Nantes, conçue par l'architecte Yves Lion en 1992 (réalisation qui lui a valu d'être finaliste de l'Équerre d'Argent et du Prix de la Fondation Mies van der Rohe).

Ce n'est pas un festival de cinéma mais on peut y voir des films ! Et quand la sélection est orchestrée par Frédéric Temps, le programmateur de l'Étrange Festival, des longs et courts métrages de la sélection officielle aux films de la rétrospective en passant par les séances spéciales, on sait que la curiosité sera aiguisée.

Machine(s) étant le thème de l'édition 2016, on pouvait retrouver toutes sortes d'inventions mécaniques de l'homme dans les films de la rétrospective, à commencer par la machine la plus incroyable de toutes, l'automobile. Ainsi, regarder à suivre Christine (1983) et Crash (1996) se transforme en expérience humaine. Si Christine est considéré comme un Carpenter mineur, il n'en reste pas moins un film de Carpenter, c'est à dire un film de mise en scène. Celle-ci est comme toujours superbe, fluide, élégante, précise, au service d'une scénario simple mais efficace. L'adaptation grand public d'un roman de Stephen King se transforme alors en vrai bonheur de cinéma. Crash est certainement l'un des meilleurs films de Cronenberg. Adaptant le roman de Ballard en lui donnant de la chair et de la sensualité, le cinéaste réalise un film unique sur le désir, son mystère, sa puissance et sa complexité. Époustouflant de maîtrise, presque non-narratif, Crash est toujours aussi fascinant. Autre point commun entre les deux films, une B.O. magnifique, John Carpenter himself d'un côté, Howard Shore de l'autre.

17e Festival des Utopiales

Beaucoup de voitures aussi dans Playtime (1967) de Jacques Tati, des Simca (beaucoup) mais aussi des Renault, des Mercedes, une Rolls-Royce, des autobus, des camionnettes Citroën... dans ce qui est le film absolu du cinéaste, celui qui causera également sa ruine. Revoir Playtime est aussi l'occasion de rappeler qu'on se trompe quand on pense que Tati se pose en défenseur d'on ne sait quelle authenticité contre l'affreuse modernité. Pourquoi aurait-il construit et filmé avec tant de grâce de tels décors ? Comme il l'expliquait à propos de Mon oncle, ce n'est pas la modernité sa cible mais bien ce que les hommes en font. Sublime formellement, intensément moderne, burlesque et joyeux, Playtime est une fabuleuse chorégraphie brocardant l'uniformisation et célébrant la joie de vivre. Passant du gris à la couleur en 24 heures dans un récit à mille voix mais presque muet, le film invente des circulations absurdes, des bureaux impossibles, des appartements-vitrines, un restaurant-cabaret où tout se joue, des lieux ou tout le monde se croise, travailleurs, touristes américains, sosies improbables de Monsieur Hulot, d'anciens camarades de régiment, des musiciens de jazz... Ce n'est pas pour rien que David Lynch considère ce film comme l'un des plus grands de l'histoire du cinéma !

Question machine(s), il y a aussi le robot immense arrivé sur terre dans Le géant de fer (1999) de Brad Bird, premier long métrage du cinéaste, qui prend le contexte de la guerre froide pour construire un récit humaniste et généreux dans lequel tout le monde se retrouve. Parfaitement rythmé, drôle et touchant, le film n'a pas pris une ride. Avec Timecrimes (2007), Nacho Vigalondo réalise un film de SF minimaliste qui prend à bras le corps le thème ô combien excitant du voyage dans le temps. Le film nous titille les nerfs dans un compte à rebours qui mêle l'absurde à l'angoisse. Belle découverte.

17e Festival des Utopiales

Les quelques films vus dans le cadre de la sélection des longs métrages laissent un peu sur sa faim. Rappelons cependant la présence de Jegg Robot, excellent récit de super-héros italien découvert au Festival International du Film de La Roche-sur-Yon. Assassination classroom : graduation de Eiichiro Hasumi est le deuxième volet de l'adaptation d'un manga à grand succès. Le film met beaucoup de temps à démarrer mais réussit finalement à nous accrocher avec un mélange des genres très japonais. On ne sort jamais vraiment du teen movie mais l'ensemble se savoure sans déplaisir. Très bon début au contraire pour The void de Steven Kostanski et Jeremy Gillepsie, même si l'ombre de John Carpenter (et de son film Assaut principalement) plane un peu trop sur la première partie. Puis ça se complique avant de virer au gore facile. Les fans de Lovecraft y noteront des références pas assez assumées, les autres trouveront le tournant pris plutôt décevant. On ne frissonne finalement pas et c'est dommage car le film ne manque pas de qualités formelles. Si l'on ne peut que trouver sympathique la démarche de Christophe Deroo (venu présenter son film), Sam was here, premier long fauché, ne réussit jamais vraiment à captiver. En l'état, il ressemble à un court étiré qui souffre de problèmes de rythme et d'écriture.

Dans le cadre des séances spéciales, la Collection Demain si j'y suis est en fait un programme de Canal+ réunissant 7 courts métrages ayant pour point commun de se dérouler en 2050. Les réalisateurs ont suivi un cycle de conférences avec des scientifiques et apportent leur vision d'un futur possible. L'ensemble est plutôt de bonne facture, certains films se hissant cependant au-dessus des autres comme Panthéon discount de Stephan Castang (on te soigne en fonction de ton compte en banque) ou Rétrosexe de Jean-Baptiste Saurel et Charlotte Sanson, dans lequel cinq ados partent à la recherche de l'orgasme alors que les rapports physiques sont prohibés depuis 20 ans...

La projection en avant-première de Premier contact de Denis Villeneuve fut sans conteste l'événement cinématographique du festival. Salle de huit-cents places complète, consignes d'extinction des téléphones portables maintes fois répétées, remerciement à Sony, tout y était. Si la maîtrise formelle est ici un peu en retrait, la qualité du scénario, le parti pris non spectaculaire et l'interprétation d'Amy Adams et Jeremy Renner font de ce vrai film de SF une réussite. Sobre et précis, complexe sans être assommant, Premier contact place Villeneuve bien au-dessus de Nolan (critique complète).

> Site des Utopiales

Rédigé par Pierre Guiho

Publié dans #Festivals

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