Le mystère Jérôme Bosch

Publié le 20 Octobre 2016

Le mystère Jérôme Bosch

Découvrir un tableau sublime est sans doute l'un des plus grands plaisirs qui soit. La découverte induit l'observation, l'émotion ressentie, un dialogue intime entre l'œuvre et soi-même. C'est par des images de visiteurs du Prado regardant Le jardin des délices que le film commence. La caméra capte leurs regards, les expressions de leurs visages, sans que l'on voie où leurs yeux se portent. Le triptyque ouvert s'offre ensuite dans sa totalité avant que le spectateur y plonge.

À travers son film, José Luis Lopez-Linares cherche à créer des liens entre l'œuvre de Bosch et ceux qui la regardent. Faisant intervenir des spécialistes de tous horizons, historiens, restaurateurs d'art, artistes ou écrivains (William Christie, Salman Rushdie, Renée Fleming, Cai Guo-Qiang et bien d'autres) le cinéaste crée des lignes de croisement, comme un lieu de rencontre entre le tableau et nous.

Si l'on sait peu de choses de Jérôme Bosch sinon qu'il fut à la fois un homme très pieux et un artiste novateur, son œuvre dit beaucoup du monde dans lequel il vivait. Et si Le jardin des délices fascine encore autant aujourd'hui c'est qu'il nous parle toujours. D'abord appelé La variété du monde, commandé en vue d’alimenter des discussions entre les élites bruxelloises du début du 15e siècle, le triptyque est ensuite parti en Espagne par la volonté de Philippe II (fils de Charles Quint) pour ne plus en revenir.

Si le tableau est évidemment d'inspiration religieuse (y sont décrits le paradis et l'enfer) son foisonnement visuel, qui est aussi un foisonnement narratif, permet de multiples interprétations. Alors que les moines redoutent la puissance des rêves et des "fantômes de la nuit", Bosch les peint avec une incroyable minutie. Sa technique elle-même est extrêmement moderne et inspira au fil des siècles jusqu'aux artistes du XXe, Dali en tête.

La force du film est de proposer de multiples regards sur une œuvre dense dont la part de mystère est intacte. Que l'on ne connaisse rien à Bosch est sans importance tant on est happé par son pouvoir d'attraction. Croisant les points de vue, plongeant littéralement dans la toile à l'aide de gros plans et de zooms, construisant une bande son volontairement contrastée, José Luis Lopez-Linares nous offre un documentaire aussi passionnant qu'instructif. 

> En salles le 26 octobre avec Epicentre.

Rédigé par Pierre Guiho

Publié dans #Bons coups, #Avant première

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