Where horses go to die

Publié le 16 Septembre 2016

Where horses go to die

Le cinéma d'Antony Hickling est queer, libre, mal élevé, douloureux et tendre. C'est un cinéma de peu de moyens qui pose un regard toujours bienveillant sur ceux qui vivent en marge, cachés des regards, clandestins. Comme Alain Guiraudie, le cinéaste anglais installé en France leur offre des rêves de bonheur, des cauchemars cathartiques, les sublime, les aime.

Where horses go to die est une histoire de rencontres entre Daniel, peintre en mal d'inspiration, et trois femmes de la nuit, Divine, prostituée transsexuelle qui rêve de vie "normale", Manuela, transgenre en quête de rédemption, Candice, chanteuse fantasque et magnifique. Le film avance comme un collage, changeant d'ambiance au gré de portes ouvertes, de portes refermées, de visions fantasmées, de corps sublimés.

Les déambulations sont nocturnes, les rêves sombres ou lumineux, les corps magnifiés sur fond blanc ou noir, les récits de vie fracturés. On y dit la douleur du monde, la fragilité d'être différent, le besoin d'amour, les espoirs d'une vie plus belle. On y parle de sexe et de trahison, de fierté, de transactions. On y fredonne Wild is the wind, "Love me, love me, love me, say you do"...

Abouti formellement, photo superbe, travail sonore stylisé, le film souffre de quelques faiblesses d'écriture et de certains choix visuels discutables, mais la dynamique des variations et juxtapositions narratives l'emporte dans une forme assumée. C'est un film hors normes (à peine plus d'une heure), à la fois intime et audacieux, le film d'un artiste.

Manuel Blanc est assez incroyable, toujours juste. Ne tournant jamais son personnage en ridicule, il le rend profondément attachant. Amanda Dawson (qui est aussi dans Little gay boy) confirme un talent puissant, une présence et un charisme indiscutables. À leurs côtés, Walter Dickerson et Jean-Christophe Bouvet complètent un quatuor au diapason.

À l'heure ou tout semble de plus en plus formaté, le cinéma d'Antony Hickling perpétue une tradition underground dans la lignée de Derek Jarman ou John Waters. Imparfait, pas totalement équilibré mais salutairement impulsif, Where horses go to die est l'œuvre d'un cinéaste dont le meilleur est à venir.

Rédigé par Pierre Guiho

Publié dans #Bons coups, #Avant première

Repost 0
Commenter cet article